Quand l’activité d’un tribunal est ralentie par le froid !

Il faut songer à équiper nos tribunaux, certes de climatiseurs pour l’été, mais aussi de chauffage central pour l’hiver. C’est aussi une garantie que la justice sera rendue dans de meilleures conditions, pour le plus grand bonheur des contribuables qui s’enrhumeraient moins souvent dans les allées du tribunal local.

Restons dans l’actualité pour constater, hélas, encore, un manque flagrant d’équipements dans nos tribunaux. En ces temps de grand froid, c’est peu de dire que les salles d’audience sont littéralement glacées. On sent qu’on est en hiver. Par exemple, prenons le cas du Tribunal de première instance de Casablanca. Son architecture, splendide et originale n’en finit pas d’attirer les touristes qui prennent mille et une photos du bâtiment. Lequel bénéficie d’un éclairage nocturne de qualité, l’enjolivant et participant à la beauté de cette place administrative. Pour ceux qui le fréquentent, il en va autrement. Nous sommes en Afrique, aux portes du désert (enfin, un peu), et il n’est pas concevable qu’il puisse y faire aussi froid qu’en Europe…et pourtant. Ainsi, la principale salle d’audience, la salle n°1, est littéralement frigorifiée, au point où de la buée s’échappe de la bouche des citoyens, magistrats ou autres avocats qui la fréquentent.

Avec un plafond haut et peu exposée au soleil, cette salle, pourtant l’une des plus animées du tribunal, demeure d’une froideur glaciale, ce qui n’est pas fait pour favoriser une concentration intellectuelle. Du reste, le tribunal tout entier est ouvert aux quatre vents et des rafales glaciales balaient l’espace des pas perdus, le rendant quasi inaccessible aux gens. Le changement climatique est passé par là, et on le sent bien, surtout en hiver. Les concepteurs de ce palais de justice n’ont jamais pensé à l’adapter au climat, comme on le ferait pour n’importe quel bâtiment de service public en Europe. Ce ne sont que couloirs à l’air libre, bureaux ouverts ou espaces découverts. Circuler d’une salle à l’autre, ou du greffe aux archives, relève ainsi, en période de pluie ou de grand froid, du parcours du combattant : les mains se glacent, les dossiers prennent l’eau, et les salles s’apparentent à des réfrigérateurs. Les fonctionnaires sont démunis face à cette situation. Alors, c’est le règne du système D, de la débrouille, du chacun pour soi. On ramène des bouilloires, des couvertures, et parfois des chauffages électriques. Sauf que l’installation électrique, déjà fort ancienne, malgré des modernisations partielles, n’est pas prévue pour résister à une demande accrue : 10 ou 15 radiateurs électriques fonctionnant en même temps, et c’est le court-circuit assuré. Et qui dit court-circuit, implique une paralysie momentanée des services, qui, eux, doivent faire tourner les ordinateurs, et leurs centrales, les imprimantes, les photocopieurs, etc. C’est pour cela qu’en hiver certains services tournent au ralenti, les copies de jugement se font attendre, les rapports d’expertise ne sont plus distribués et les fonctionnaires mettent plus d’ardeur à chauffer leurs locaux qu’à effectuer leur mission quotidienne.

La situation, fâcheuse, est la même dans les autres tribunaux de la ville : c’est l’hiver, et on le sent. Curieusement, le problème se retrouve aussi dans les locaux abritant le tribunal de commerce, dont la construction a pourtant coûté quelques milliards de centimes aux contribuables. On l’entend, lorsqu’on déambule dans les couloirs de ce tribunal : bien qu’obnubilés par le dossier qui les a menés en ces lieux, les justiciables s’étonnent, entre deux audiences, de la manière dont a été conçu ce bâtiment. Décoré comme un palais des Mille et une nuits, tout en stucs, zelliges et marbres précieux, ce tribunal est glacé en hiver, chaud comme une étuve en été.  «Le Maroc est un pays chaud», avait coutume de dire Lyautey, mais c’était il y a bientôt cent ans, et les choses ont bien évolué depuis, sauf dans l’esprit des architectes marocains, pour lesquels (semble-t-il) ce serait une hérésie que de proposer au maître-d’œuvre un édifice comportant une installation de chauffage central. Inutile (puisqu’on est un pays chaud), onéreux (pour le ministère de la justice, une cellule en béton est bien plus rentable), voire dangereux, avec les risques d’incendie que cela induit. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter que quelqu’un d’aussi important que Lyautey décrète que non, le Maroc n’est pas un pays chaud, mais un pays normal, où il existe bien 4 saisons distinctes, pour que l’on songe, dans le futur, à équiper nos tribunaux, certes de climatiseurs pour l’été, mais aussi de chauffage pour l’hiver. C’est aussi une garantie que la justice sera rendue dans de meilleures conditions, pour le plus grand bonheur des contribuables qui s’enrhumeraient moins souvent dans les allées du tribunal local.