Prose de la vie quotidienne

«On ne veut pas être augmenté et on ne fornique pas avec les
femmes de nos électeurs.»

Tous les matins qui réveillent en nous la face cachée du bonheur ; toutes ces aubes enrobées de brume et qu’un soleil indolent vient percer à jour. Tout cela constitue des petits «riens» qui font un tout. Le bonheur est dans sa recherche, comme le mode d’emploi pour ouvrir une boîte de conserve est à l’intérieur de celle-ci. Il faut savoir cheminer car «l’important c’est le chemin» comme disait le poète.
Vaste programme !, dirait l’autre sceptique dont le réveil en ce mois indolent a massacré l’humeur. «Et puis, bougonne-t-il, les poètes ont tout dit ; c’est agaçant !» Alors passons aux choses plus prosaïques de la vie quotidienne et à ce que dit la vox populi en attendant la rupture du jeûne ou bien après lorsque, repu et apaisé, le marocanus ramadanicus s’ébroue puis retrouve ses esprits et notamment le plus critique de ceux-ci. Certains communicants peuvent penser que le mois de Ramadan est propice pour faire tout avaler aux gens. Ils n’ont rien inventé car, sous d’autres cieux, on choisit des périodes de vacances et de léthargie pour faire passer en douce telle augmentation ou telle loi restrictive. Mais ces périodes, dites creuses, ne peuvent être comparées au creux d’un ventre qui jeûne et qui râle. Et râler, il y aurait de quoi si l’on continue à balancer des infos du genre : on se tâte pour augmenter les indemnités des députés et autres conseillers à raison de six mille balles par tête de pipe en plus des trois patates. C’est vraiment le genre de calculs qu’il ne faut surtout pas sortir en plein Ramadan. Ça prend trop et la tête et les tripes comme dans la comptine «Alouette, gentille alouette !».
On a d’ailleurs lu et entendu tant de choses au sujet des six milles balles mais une seule question revient : «Et puis, que font-ils de si formidable pour mériter une telle augmentation ?». Résultat des courses : on voudrait dégoûter davantage de la classe politique que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Ça, c’est de la com’ , mon
pote ! De la vrai compote et du pain béni pour ceux qui vont surfer sur la dimension populiste d’une décision manifestement impopulaire. Ils ont d’ores et déjà déclaré qu’ils ne mangent pas de ce pain et ont refusé le principe de l’augmentation. C’est à ce petit jeu que l’on va se retrouver avec d’une part ceux qui s’en mettent plein les poches pour nous en mettre plein les yeux et ceux qui vont tout simplement nous en mettre plein les urnes.
Restons dans les choses lues et entendues en ce mois d’abstinence, mais toujours dans le cadre du jeu politique. Cette fois-ci, l’info est gratinée et la vox populi demeure partagée entre une franche rigolade et un long soupir. En effet, un fait divers rapporté par le quotidien Aujourd’hui le Maroc révèle , selon une source judiciaire, l’affaire comme suit : «En rentrant chez lui, après avoir accompli son devoir national lors des élections du 12 septembre, M .B. découvre celui pour lequel il venait de voter en train de forniquer avec sa femme.» C’est presque du Coluche mais cela se passe au pays de l’éblouissement des sens. On peut penser que ce genre de faits divers croustillants survient même dans les démocraties, j’allais dire «qui se respectent». On le prendrait alors comme une galéjade à la Marcel Pagnol dans La femme du boulanger ou comme un titre-manchette de l’inénarrable Détective du bon vieux temps de la presse trash : «Déçu par sa femme, il épouse son chien !». Mais voilà, on est seulement en train de construire une démocratie qui se respecte. On dira bien sûr en souriant que ça n’empêche pas les sentiments. Sauf que dans le cas du fait divers susmentionné, les jeux de l’amour et du hasard ne vont pas redorer le blason déjà terni de la classe politique. Et lorsque les électeurs reprochent aux élus de ne les voir que le jour du vote, ils n’auront pas tout à fait tort. En tout cas, l’électeur fidèle et discipliné du fait divers l’a même constaté de trop près. On vous épargnera les grivoiseries faciles et de circonstance que l’on peut tisser après la lecture de ce type d’info. Mais il est permis de penser qu’un certain courant politique, comme pour l’augmentation des indemnités des députés, pourrait trouver là matière à communiquer dans le sens de la vertu et niquer les projets des adversaires avec un slogan du genre : «On ne veut pas être augmenté et on ne fornique pas avec les femmes de nos électeurs»