Production de richesse, la microéconomie doit suivre

L’économie marocaine connaît un lourd handicap, résidant dans le décalage entre l’évolution des efforts macro-économiques et celle des capacités de l’entreprise nationale. Maintenant que les priorités sectorielles semblent se dessiner, c’est d’une véritable politique de restructuration des entreprises que nous avons besoin.

Durant de longues années, la principale controverse qui sous-tendait le débat économique et politique dans notre pays opposait ouverture et protectionnisme. Il a fallu un temps pour s’apercevoir que celle-ci est stérile. Plus personne – sauf une minorité d’irréductibles – ne conteste que le protectionnisme véhicule des comportements réducteurs, de résistance et d’approche défensive, et s’avère impossible, tant l’isolement agricole et industriel n’est guère envisageable. Le vrai débat porte désormais sur les voies et moyens de réussir l’ouverture. Le choix explicite de l’ouverture consiste à accepter l’interdépendance, qui caractérise le processus de mondialisation et à la mettre à profit dans un projet de développement partagé par le pays.
En quoi consiste, aujourd’hui, pour nous Marocains, le choix de l’ouverture ? L’ouverture ou la maîtrise du mode d’insertion du pays dans l’économie mondiale consiste à identifier et à combiner dans l’action les deux leviers suivants : le processus de production des richesses et l’organisation de la production de richesses. C’est la production qu’il faut augmenter dans une perspective de croissance. Son atonie, au cours de ces quinze dernières années, a contraint les entreprises à réaliser essentiellement des investissements de productivité et peu d’investissements de capacité (création de sites et donc de richesses et d’emplois).
Il ne s’agit pas aujourd’hui d’opposer l’activité et l’emploi mais de valoriser la qualité et l’immense réservoir des compétences humaines engendré par notre système éducatif, et ce d’autant plus que l’enjeu est d’accélérer l’entrée du Maroc dans la société de la connaissance, et non dans son ersatz, la société de l’information. En termes de politique économique, cela signifie combattre le chômage par la dynamisation d’activités nouvelles et en combinant politique économique et politique de développement du système productif. Nous avons tardé à définir nos choix de développement sectoriels : la politique agricole a pâti d’hésitations répétées ; l’industrie se dote à peine d’une stratégie.
L’organisation efficiente de la production de la richesse exigeait, d’évidence, une restructuration de l’entreprise. Au fur et à mesure que la stabilisation progressait, les enjeux se déplaçaient de la sphère macroéconomique à la sphère microéconomique. La restructuration des banques, des entreprises et des exploitations agricoles devenait cruciale. Dans la première phase ont eu lieu des évolutions microéconomiques «spontanées», en fait dues aux changements radicaux de législation et de politique économique. Une offre nouvelle privée a été créée par des entrepreneurs locaux, d’abord dans le commerce puis dans toutes sortes de services, et de façon plus limitée dans l’industrie. Des investissements étrangers, de type green field investment, c’est-à-dire par création d’usines neuves, ont également eu lieu. Enfin, des entreprises anciennes ont commencé à se restructurer, autrement dit à se concentrer sur la production de biens correspondant à une demande réelle et solvable, en améliorant les coûts et la qualité.
Ces évolutions «spontanées» ont eu tendance à conforter dans un premier temps la foi illimitée dans le marché qu’avaient quelques dirigeants publics et privés. En gros, il suffisait de maintenir un cadre macroéconomique favorable pour que l’adaptation microéconomique ait lieu. Il est apparu que le plus gros de l’ajustement microéconomique restait à faire, qu’il serait bien plus difficile que prévu, et que l’Etat devait s’en mêler. L’économie marocaine connaît donc un lourd handicap, résidant dans le décalage entre l’évolution des efforts macroéconomiques et celle des capacités de l’entreprise nationale. La panne du programme de mise à niveau explique en partie notre retard de croissance. Maintenant que les priorités sectorielles semblent se dessiner, c’est d’une véritable politique de restructuration des entreprises que nous avons besoin .