Privilèges de la beauté

Au Maroc, le meilleur moyen de s’enrichir est d’être agréable à  l’oeil..

S’il n’est pas toujours évident qu’en travaillant plus, on gagne plus, il paraît certain que, pourvu que l’on soit doué d’un physique attirant, on gagne infiniment mieux que ses collègues sans attraits ou quelconques. Telle est la conclusion d’une étude parue chez Princeton University Press, sous le titre «La beauté paie. Pourquoi les gens beaux ont plus de succès». Menée pendant vingt ans par Daniel Hamermesh, professeur d’économie à l’université du Texas à Austin, elle démontre qu’aux Etats-Unis les salariés des deux sexes bien faits de leur personne gagnent en moyenne 230 000 dollars par an de plus que leurs homologues désavantagés par la nature. Tout sourit aux répliques d’Adonis, d’Apollon, d’Aphrodite et de Vénus. Les portes sont fermées aux Polichinelles et aux Don Quichotte. Les moins vilains se font admettre dans le monde du travail, mais pour être rémunérés très inférieurement par rapport aux plus canons. Cette injustice suscite votre indignation, chers lecteurs. Vous vous en consolez en vous persuadant que cela se passe uniquement en Amérique. Détrompez-vous! Les privilèges accordés à la beauté constituent un trait de l’époque. Partout, le paraître prime sur l’être, la séduction est hissée au rang de valeur, au mépris de la compétence. Au Maroc, le meilleur moyen de s’enrichir est d’être agréable à l’œil, bien né et de porter un nom qui ne sent pas le plouc. Révoltant, n’est-ce pas ?