Printemps hivernal

Les Arabes sont-ils voués au désenchantement, au désespoir, au malheur ?

Les Arabes sont-ils voués au désenchantement, au désespoir, au malheur ? Des historiens aussi éclairés que le Britannique Eugene Rogan, auteur de «Histoire des Arabes de 1 500 à nos jours» (Perrin, 736 p.) inclinent à le penser ; l’avalanche de leurs infortunes semble traduire l’incompatibilité de ces peuples avec le bonheur. Ainsi le fameux «Printemps arabe». Rêve de toute une communauté, éclos dans les climats tunisiens, il s’est fracassé sur les récifs syriens. En Egypte, où le potentat Hosni Moubarak a été chassé du pouvoir au nom de la démocratie, le salafisme, forme la plus extrême de l’intégrisme, impose sa loi antidémocratique, amoindrissant le statut de la femme, mettant les libertés sous leurs bottes, sans se montrer capables de gouverner le pays. Mohamed Bouazizi s’était immolé pour rien, ou, plus cruellement, pour que, partout dans le monde arabe, la contre-révolution confisque l’indignation, car, comme le démontre Gilles Kepel, dans «Passion arabe», dans ce coin de la planète, la contre-révolution est inscrite à l’intérieur même du mouvement révolutionnaire. Désespérant, d’autant que des illustres contre-révolutionnaires, tel Bachar Al-Assad, sont persuadés qu’en matant leurs opposants, ils sauvent leur pays de la mort. «Si nous ne sommes pas victorieux, ce sera la fin de la Syrie», a déclaré le Néron syrien.