Pourquoi les tribunaux casablancais comportent autant d’escaliers ?

Que ce soit au tribunal de première instance (face à  la wilaya) ou à  la Cour d’appel (avenue des FAR), l’accès au bà¢timent passe par un monumental escalier, censé impressionner le justiciable, mais qui en fait lui «pompe» un tiers de son énergie avant même que d’avoir commencé ses démarches !

Le principe de base est archiconnu : «Il faut rapprocher la justice des citoyens». Il s’adosse fermement à une autre notion, selon laquelle «point de démocratie sans justice réelle». Partant de ces principes, au Maroc, on veut donc faire figure de bon élève, et puisqu’il s’agit tout simplement de rapprocher les uns des autres, on construit des tribunaux. Sauf qu’à y regarder de plus près, une curieuse impression se dégage, de tous ces palais de justice construits à grands frais pour certains, rénovés (pour aussi cher) pour d’autres. Ne cherche-t-on pas, insidieusement et sans en avoir l’air, mine de rien et sournoisement à décourager les justiciables dans leur quête de justice, à leur compliquer l’existence, et à faire en sorte qu’ils s’approchent le moins possible des tribunaux ? Architecturalement parlant, s’entend bien, il convient de le préciser, afin d’éviter tout malentendu en ces temps de grève à répétition !

Question : pourquoi les principaux  tribunaux casablancais comportent autant d’escaliers et de marches en tout genre ? Pour dissuader les curieux ? Fatiguer les justiciables ? Énerver les avocats ? Aider les fonctionnaires à faire du sport ? Combattre la prise de poids et l’obésité dans un service public ? Exclure définitivement les personnes handicapées ou à mobilité réduite ?….ou tout simplement offrir au justiciable stressé un beau panorama sur la ville ?

Car le fait est là : vouloir régler une affaire au palais de justice de Casablanca requiert d’abord une constitution physique solide, un bon souffle, et un sens de l’orientation précis. Que ce soit au tribunal de première instance (face à la wilaya) ou à la Cour d’appel (avenue des FAR), l’accès au bâtiment passe par un monumental escalier, censé impressionner le justiciable, mais qui en fait lui «pompe» un tiers de son énergie avant même que d’avoir commencé ses démarches ! Fortiche, non ?

Tellement pratique, que pour essayer de «pomper» plus que ce tiers, l’accès au tribunal pénal de Aïn-Sebaâ a amélioré cette configuration : une longue pente montante précède l’escalier ; au tribunal de la famille (Hay Hassani) autre version : les parkings sont situés à perpète les bains, et les escaliers eux, placés à l’intérieur du bâtiment. Dans ces deux derniers cas, et sous un soleil de plomb, bien des personnes (justiciables, et même juristes) renoncent parfois, rien qu’à envisager l’épreuve qui les attend.
Escale technique à la Cour d’appel de Casablanca, située avenue des FAR, déjà citée plus haut. Une fois franchi le premier écueil, on parvient dans un hall d’entrée aux dimensions d’une gare, et on constate que tous les services du greffe sont répartis entre les… neuf étages que compte l’immeuble.

Oui, oui, neuf étages, mais seulement deux ascenseurs. En fait, il convient d’être honnête, seul un ascenseur fonctionne, et pour cause : c’est celui réservé aux magistrats, procureur, juges, et autres conseillers-rapporteurs. En  faction au rez-de-chaussée, un agent de police vérifie la qualité de ceux qui l’empruntent ; à l’intérieur de l’ascenseur se trouve un préposé à la manœuvre…l’autre ascenseur, celui affecté aux justiciables, avocats, experts, notaires,  ou fonctionnaires est régulièrement hors service. Il ne reste plus qu’à prendre son souffle et s’attaquer aux marches de l’escalier : et quand, au 8e étage, le fonctionnaire tend au justiciable ( ou à l’avocat) un original de jugement, lui demandant d’aller le photocopier en trois exemplaires… au rez-de-chaussée et de revenir pour les tampons, les timbres, etc., l’affaire se corse : car, pas question de disparaître avec la version originale du jugement, document officiel, le greffier a conservé une demande et sait donc à qui il l’a remis. La personne intéressée n’a plus qu’à obtempérer, en priant le Ciel de lui éviter l’infarctus !

Enfin, notons qu’au tribunal de commerce, une autre approche a été retenue : le parking est encore une fois assez loin, ce qui expose le visiteur aux aléas climatiques : soit une chaleur torride, et on arrive tout en sueur, soit une pluie battante et l’on y arrive tout mouillé ; puis avant d’aller voir un  magistrat (au 1er étage), il faut d’abord descendre au sous-sol, afin de vérifier au greffe la situation de tel dossier, avant de remonter deux étages plus haut, là où se trouvent les bureaux des juges.
Peut-être qu’une autre configuration de nos tribunaux serait-elle à envisager dans un avenir prochain ?