Pour une nouvelle politique de croissance (IIe partie)

La première partie de ce texte, parue dans notre précédente édition, montrait l’urgence de mettre en place une nouvelle politique de croissance en vue de surmonter la situation de régression sociale et culturelle que connaît le pays. Dans cette 2ème partie sont déclinés les changements les plus saillants à apporter.

Désormais, pour qu’une nouvelle politique économique, à travers toutes ses composantes ( budgétaire, monétaire, structurelle, de l’emploi et de l’action sociale) puisse converger vers la réalisation des conditions permettant le fonctionnement rationnel des différents marchés (biens et services, monnaie et capitaux, travail), ses actions mobilisatrices doivent viser à :
– libérer les mécanismes des marchés de biens et services, des capitaux et même du travail, avec des mécanismes de formation des prix, salaires, dividendes, loyers et intérêts, libres, concurrentiels, mais justes et équitables;
– réadapter les lois sur les sociétés, le code de commerce, la loi bancaire, la loi relative aux marchés des capitaux et mettre sur pied une nouvelle législation relative à l’aménagement du territoire, avec une stratégie dynamique et intégrée des parcs industriels;
– promouvoir et rendre l’économie de marché effective à travers la réhabilitation et l’émancipation de l’entreprise de toute tutelle et la réhabilitation du capitalisme marocain, la responsabilisation des organisations et chambres professionnelles et la refondation du syndicalisme.
La politique économique ne peut se fonder éternellement sur les seuls paramètres macro-économiques.
Aussi, et avant tout, les politiques budgétaire et fiscale doivent-elles prendre la relance et l’entretien de la croissance comme finalités et les ratios d’équilibre comptable comme instruments.

Le rôle et le quantum du déficit budgétaire doivent être remis en cause
A cet égard le rôle et le quantum du déficit budgétaire doivent être remis en cause, car si la croissance est relancée, devient durable et équilibrée, si les gains de productivité sont mieux répartis, la consommation, l’épargne et l’investissement seront entretenus et l’impact sur le budget ne peut être que positif. La réduction et la rationalisation relatives devraient être accompagnées par la recherche de nouvelles sources et mécanismes de recettes afin d’affranchir le budget de la dépendance des seules recettes fiscales, ainsi que de l’introduction des variables liées aux ménages, aux entreprises et à la demande et l’offre internationales.
D’un autre côté, la politique monétaire devrait accompagner la politique budgétaire et s’intégrer à la stratégie de la concurrence.
Les décalages entre progression de la masse monétaire et le rythme de croissance, entre taux d’intérêt et taux d’inflation, entre taux de change et taux d’intérêt, etc. sont autant d’indicateurs qui montrent que l’ensemble des instruments de la politique macroéconomique sont incohérents.
L’importance de l’écart entre taux d’intérêt débiteurs nominaux et taux d’inflation officiel trouve difficilement justification. Il en est de même de la relation entre taux d’intérêt débiteurs et coût moyen des ressources bancaires largement favorisé par le niveau actuellement bas de la rémunération de l’épargne liquide et la gratuité de près de 60% des ressources. Le coût de l’intermédiation bancaire est à revoir, d’autant plus que le système se trouve dans une situation d’entente quasi monopolistique.
Concernant le financement des entreprises, les cœfficients prudentiels doivent tenir compte de la réalité des structures financières des entreprises, des ménages, du Trésor et de son fort taux d’endettement interne. D’ailleurs, le poids du Trésor dans le drainage des liquidités et de l’épargne enlève toute possibilité aux mécanismes des taux d’intérêt et du taux de change et, partant, affaiblit le rôle de la politique monétaire dans la relance de la croissance, voire dans le suivi et la maîtrise de l’inflation dont l’indicateur actuel est largement dépassé par les réalités vécues sur les marchés.
La politique de l’emploi ne doit pas être axée sur quelques postes budgétaires mais sur une stratégie de lutte contre le chômage, ancrée dans une démarche de croissance intégrée. Toutefois, sachant que la croissance à elle seule ne peut résorber le chômage existant, la politique de l’emploi doit être fondée sur une multitude d’actions convergentes :
– Développement de l’investissement, notamment par les entreprises et les collectivités locales, ainsi que les entreprises publiques susceptibles d’être viables par elles-mêmes.
– Promotion de la mobilité spatiale et sectorielle de la main- d’œuvre,
– Libération des forces et des mécanismes du marché du travail, d’où le problème de la législation et des réglementations. Les mécanismes d’une économie de marché peuvent-ils être en adéquation avec la rigidité d’un code du travail qui, quel que soit le degré de consensus qui a sous-tendu ses dispositions, ne peut pas engendrer des dysfonctionnements ? N’est-il pas plus indiqué, à l’ère de la mondialisation actuelle, de s’orienter plutôt vers plus de dialogue et de concertation d’un type nouveau entre les principaux partenaires, conciliant le rationnel et le consensuel en tant que démarche de responsabilité collective?
– La conception de stratégies d’emplois de proximité dans tous les domaines y compris dans les NTI (voir l’intelligence et la créativité qu’on rencontre à Derb Ghallef à Casablanca dans ce domaine) afin de développer la culture de l’effort, de la responsabilité au lieu de celle de l’assistance.
Une autre dimension pour que le champ de l’économie de marché puisse inclure les principes de solidarité, de la participation de tous aux fruits de la croissance est celle concernant le financement de la politique sociale. Ce financement doit être fondé sur le double principe à savoir :
– ce qui relève de la solidarité doit être financé par la fiscalité ;
– ce qui relève de l’assurance doit revenir aux cotisations.
La politique sociale devrait également chercher à intégrer l’économie dite «populaire» (à distinguer du concept fourre-tout de secteur informel) dans la modernité en vue de promouvoir l’importante frange de la population qu’elle occupe et d’en tirer des sources indéniables de croissance et de création d’emplois, tout en luttant contre l’économie illégale qui constitue la véritable économie «informelle». Il y a là des gisements à exploiter surtout que la croissance et le salariat ne peuvent résoudre tous les problèmes de chômage.
La politique sociale basée sur les valeurs de liberté, solidarité et égalité doit être conçue dans le sens de l’épanouissement de l’individu car la principale richesse réside dans le génie humain. L’Homme doit rester l’essence de toute activité et la finalité de toute politique. Ses libertés, toutes ses libertés, doivent être sacrées. C’est le salut pour concilier le citoyen avec la chose publique et pour éviter :
– l’émiettement des structures d’encadrement des citoyens, qu’elles soient partisanes ou syndicales, et qui se traduit par la multiplication des partis dont les discours sont pratiquement semblables ;
– le désaveu de plus en plus éclatant à l’égard de la chose politique ;
– le désaveu illustré également par la faiblesse de la pratique militante tant au sein des partis que des syndicats, des ONG, des organisations et chambres professionnelles, voire, et c’est le comble, au sein des institutions élues ;
– le repli, la démobilisation et la démission des intellectuels du monde de l’art et de la culture .