Pour un retour de l’espérance

Entre le terrorisme de l’EI qui, en même temps qu’il les tue, crée la détestation des musulmans à travers le monde et l’exode par centaines de milliers de réfugiés fuyant par mer et par terre leurs pays en sang, on suffoque sous le poids du drame, de la violence et de la tristesse.

Argana, qu’une explosion a dévasté le 28 avril 2011, a rouvert ses portes ce 23 décembre. L’attentat contre ce café situé au cœur de la place Jamaa El Fna avait causé 17 morts et fait de nombreux blessés, endeuillant Marrakech et ravivant le traumatisme de 2003. Le choix de cette réouverture à la veille des fêtes de fin d’année, alors que Daesh multiplie les menaces contre le Maroc et que le risque terroriste est maximal, est un symbole fort. Le symbole du refus de céder à la peur, de laisser la clique de l’EI dicter sa loi et restreindre les libertés. C’est un «même pas peur» qu’à leur manière les propriétaires du café expriment de la sorte, en leur nom et au nom de Marrakech. Marrakech qui, cette année, célèbre le 30e anniversaire de sa déclaration en tant que patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO et qui réaffirme de la sorte qu’une bande de psychopathes haineux ne pèse rien face au poids d’une histoire faite de brassages et d’échanges.

Des symboles de vie, de communion, de paix, de respect d’autrui, des symboles pour rappeler que les hommes peuvent être bons et solidaires, le besoin en est puissant pour enterrer une année affreuse, plombée par la barbarie et la désespérance. Entre le terrorisme de l’EI qui, en même temps qu’il les tue, crée la détestation des musulmans à travers le monde et l’exode par centaines de milliers de réfugiés fuyant par mer et par terre leurs pays en sang, on suffoque sous le poids du drame, de la violence et de la tristesse. Face à cela, que faire ? Passé l’état de sidération dans lequel plongent les agressions à répétition et la reconnaissance nécessaire de l’entrée, sous ses dehors de paix, dans un temps de guerre d’autant plus difficile à vivre que l’ennemi avance tapi, le choix se pose entre deux attitudes: abdiquer et se terrer ou résister et relever la tête par la défense des valeurs auxquelles on croit et le refus de perdre confiance en la capacité de l’humanité à être belle et généreuse. Car, au fond, c’est à cela que ces psychopathes barbares veulent nous conduire, à ne plus voir en l’autre qu’un ennemi qu’il faut abattre avant qu’il ne vous tue, à laisser la pulsion de mort prendre le dessus sur la pulsion de vie. Ils y réussissent auprès des plus fragiles, notamment de la jeunesse assoiffée d’absolu et en quête éperdue de sens dans une société qui s’est fixé la consommation comme seul horizon. Que 8% (ou 3%, à vérifier) des Marocains disent aimer Daesh en dépit (ou à cause) de sa barbarie, interroge douloureusement. Et oblige, en même temps que de défendre ce en quoi on croit, à repenser sa manière d’être au monde. Une manière de plus en plus individualiste qui isole et laisse sur le bas côté un nombre chaque fois plus important de personnes. La montée crescendo de l’inhumanité personnifiée par Daesh est un signal. Le signal que la société actuelle, par les inégalités, les injustices et la profonde solitude qu’elle engendre, a atteint ses limites. Un signal du même ordre que celui envoyé par le réchauffement climatique pour nous dire combien la planète n’en peut plus de nos excès. Ces signaux, il nous faut les entendre et sortir de notre indifférence. Nous reconnecter au monde autrement que par Facebook et Twitter, mais par le biais de vrais liens faits de chaleur et de proximité. En cela, les médias ont un rôle fondamental à jouer. Il leur faut aider à renverser la vapeur, à montrer que le sens de l’autre et l’entraide n’ont pas déserté le monde. En effet, tous les jours et sous toutes les latitudes, des êtres fabuleux, et autrement plus nombreux que les âmes perdues du djihadisme, donnent de leur temps et de leur personne pour soulager les misères et remédier aux détresses. Sauf que ces gens-là, on ne les voit et on ne les entend que très peu car ils n’intéressent qu’occasionnellement les médias.

Or, plutôt que de servir de caisse de résonance aux abjections pathologiques de déséquilibrés mentaux, ces derniers feraient œuvre utile en leur donnant une plus grande visibilité.

Il tient à chacun d’entre nous d’agir pour que 2016 soit l’année du retour de l’espérance. Chacun, à son propre niveau, avec sa petite pierre, peut y contribuer. Alors, retroussons-nous les manches et bonne année à tous !