Pour un libéralisme responsable

Face aux conservatismes de tous bords, notamment des tenants du capitalisme financier, ennemi par excellence de la création de valeur dans l’entreprise, les porteurs d’un «libéralisme responsable» ont un rôle à jouer, des actions concrètes à mener, concertées,à forte valeur pour toutes les parties prenantes, pour donner du sens à ce dernier.

Il est difficile, au Maroc et dans les pays arabes, de se revendiquer du libéralisme. Nos économies ont enregistré des taux de croissance irréguliers et restent dépendantes de la pluviométrie. Les différents plans de développement économique et les chantiers engagés par nos gouvernants privilégient des objectifs d’ordre macroéconomique ou sociaux. C’est depuis peu que des objectifs microéconomiques sont tracés dans certains de nos pays.
Les coûts de production restent encore élevés (énergie, foncier, fiscalité des salaires…), et malgré les initiatives de dynamisation initiées par les différents gouvernements, la liberté d’entreprendre n’est pas totalement assurée. Les lourdeurs administratives, l’économie informelle et la présence d’activités monopolistiques trop importantes persistent, et enfin la justice, loin d’être équitable, est un réel frein au développement économique.
Un taux de chômage très élevé, peu de création d’entreprises dans les secteurs-clés de nos économies, un niveau de formation et de compétences peu adapté à la demande des entreprises, une sous-capitalisation des entreprises et en particulier des PME et des PMI, des accords d’association avec l’UE et les USA qui ont du mal à se mettre en marche, des données qui nous poussent à réfléchir et surtout à agir.
Notre principale conviction est que tous les efforts doivent être déployés vers l’environnement de l’entreprise et de l’entrepreneur. En effet, il nous faut rappeler que seule l’entreprise crée de la richesse et, pour cela, l’esprit d’entreprendre doit être développé et le politique réconcilié avec l’entreprise.
Le mot «libéralisme» fait peur. Mais ce qui nous fait peur et que nous refusons, nous, jeune génération d’entrepreneurs, ce sont tout autant les conservatismes de tous bords, tenants d’une approche dépassée, mettant sur le podium le capitalisme financier, ennemi par excellence de la création de valeur à moyen et long terme dans nos entreprises.
C’est pourquoi il est impératif que les porteurs d’un libéralisme responsable se mettent en réseau et, par des actions concrètes, concertées et à forte valeur pour toutes les parties prenantes, lui donnent du sens.
Gardons à l’esprit que ce qui est essentiel, dans le libéralisme, c’est l’idée de liberté, liberté de penser, d’apprendre, de réagir, de choisir, de circuler et, bien sûr, d’entreprendre. Mais la liberté doit être contrebalancée en permanence par la responsabilité.
Etre responsables, c’est assumer les conséquences de nos décisions, être aptes à accepter et corriger nos erreurs. Nous devons tenir compte des intérêts des différentes parties prenantes en incluant dans nos préoccupations le devenir des générations futures.
Ce libéralisme responsable doit être pour nous le souffle et le moteur dont nous avons besoin pour préparer l’avenir de nos concitoyens maghrébins et au-delà.
Nous devons nous prendre en main et développer l’esprit d’initiative chez tous nos jeunes, car l’entrepreneur démarre à l’Ecole. Démystifions l’entreprise et réhabilitons-la. Si tous nos jeunes ne peuvent pas être des entrepreneurs au sens restreint du terme, ils seront tous des «intra-preneurs».
En effet, pour affronter la complexité d’un monde ouvert, rude et passionnant, nous devons faire preuve d’enthousiasme, de responsabilité, et tordre le cou à ces lieux communs qui veulent que ce soit la faute des autres. Ne plus entendre cette expression souvent utilisée par ceux qui arrivent en retard à la gare et ratent leur : «le train est parti sans moi» !
Conjuguons à la première personne du singulier et assumons nos responsabilités dans nos actes de tous les jours ; c’est le chemin de la réussite.
Nous avons également besoin de changer nos modes de pensée : aux oppositions systématiques, nous devons préférer le dialogue et la négociation, au court-termisme ambiant, une vision à long terme, à la peur des contraintes, la recherche d’opportunités nouvelles.

Des pistes sont à défricher età conquérir
Nous devons parier sur l’avenir. Au lieu d’attendre que d’autres l’écrivent pour nous, notamment l’Occident, agissons ensemble pour l’inventer.
Beaucoup de jeunes ne se souviennent plus de Simca ou Talbot, mais connaissent Renault. Le regroupement de cette force autour de la marque Renault a permis à cette dernière d’exister encore de nos jours et de se payer le luxe d’aller chasser sur les terres japonaises et ramener Nissan dans son escarcelle.
L’union fait la force et surtout donne de la crédibilité au projet de société proposé pour un libéralisme responsable assumé. Croyons en notre vraie richesse qui n’est ni les pétroles noir ou blanc mais nos femmes et nos hommes. Donnons-leur envie de croire en notre capacité de créer de la valeur pour tous. Travailler pour plus de libéralisme engagé, c’est contribuer à créer de la valeur mieux répartie. Pendant que des spéculateurs amateurs s’enrichissent de façon éhontée notamment dans l’immobilier, en dehors de toute transparence (informel, salariés non déclarés et par conséquent non protégés) avec un bénéfice digne d’un placement à haut risque, les travailleurs dans le sens littéral du terme (incluant les entrepreneurs transparents) continuent souvent, eux, de serrer la ceinture et de voir leurs revenus stagner.
Réduire l’IS s’inscrit dans cette logique. Il est vrai que l’on peut aller plus loin que les 30% en faveur des TPE pour les accompagner à sortir de l’informel. Il reste toutefois important de rappeler que le bénéfice est la principale composante du cash-flow et permet surtout de financer la croissance. On peut prendre pour exemple les prises de participation d’Attijariwafa bank sur le marché africain.
Une entreprise a besoin de résultat pour rémunérer son avenir avec la règle des 3 tiers pour chacun des bénéficiaires : les salariés, les investisseurs et les associés.
Notre responsabilité en tant qu’acteurs de la société civile et celle du politique, c’est de réhabiliter la valeur travail, de faire de la fiscalité un outil d’orientation politique. Pour cela, il faut défricher des voies nouvelles pour l’entreprise. Cela passe nécessairement par la réhabilitation de l’essence même de l’initiative, à savoir la confiance, sans laquelle, point de salut. Aucun acteur ne pourra s’engager pleinement et nous continuerons de vivre cette triste réalité : «Un pas en avant deux pas en arrière». Nous devons mettre l’Homme au centre de nos préoccupations et défendre une société du savoir, qui privilégie la formation et l’innovation pour assurer le développement des personnes, autant que le développement économique et social, pour faire que l’économique ait toute sa place, rien que sa place.
Cette volonté de mettre «l’économie au service de l’homme» ne doit pas être une idée philosophique, mais doit être le fil conducteur de nos actes, un véhicule de progrès et un accélérateur pour faire grandir tous les acteurs de nos pays.