Pour la petite entreprise

La petite entreprise crée de l’emploi. A ceux qui courent des risques pour en créer, il faut faciliter les choses. On peut le faire par des mesures techniques concrètes, mais aussi en donnant aux jeunes, dès l’école, l’envie de croire en l’entreprise et de passer à l’acte.

Sous d’autres cieux, où l’on a compris le rôle central de l’entreprise dans le développement du pays, chaque création d’entreprise récompense la politique de promotion de l’entrepreneuriat menée en amont.
Une jeune entreprise est en effet comme un enfant fragile, elle a besoin d’une attention particulière, surtout pendant les premières années de son existence, pour développer suffisamment d’anticorps en vue de s’adapter, puis de maîtriser son environnement avant d’être lâchée pour affronter seule le marché. Une attention toute particulière doit être accordée avant l’accouchement du projet, et c’est généralement là que le bât blesse.

Cessons de vendre le salariat comme la panacée
Le cadre que va connaître l’entreprise doit être un facilitateur pour une naissance dans de bonnes conditions. L’entrepreneur, quand il passe de l’idée à l’action, prend des risques. Doit-on lui faire supporter, alors qu’il fait ses premiers pas, les conséquences d’un environnement en pleine mutation, mal préparé à l’accompagnement de la création de l’entreprise ?
Statistiquement, un grand nombre d’entreprises baissent le rideau dans les trois années qui suivent leur création. Par ailleurs, le Maroc, selon une étude récente de la Banque mondiale, a créé 9 000 entreprises depuis l’introduction de la mise à niveau, alors que 30 000 entreprises devraient être créées chaque année pour offrir une croissance durable.
Que peut-on donc faire avant l’avènement de l’entreprise et pendant les premières années de son existence ? On peut agir pour simplifier la création et la transmission de l’entreprise et fluidifier son environnement en le transformant en opportunité. Le cadre législatif et administratif peut être un facteur-clé de succès.
Pour créer de l’emploi, il faut avant tout favoriser l’éclosion des petites entreprises. Pour faciliter leur développement, une mesure phare est à prendre : il s’agit de la création de SARL sans capital minimum. Cette mesure permettra de lancer un projet à sa taille sans avoir à recourir à la formule de l’entreprise individuelle, qui prend en otage tous les biens personnels de l’entrepreneur. Contre une pseudo-paix financière à court terme, le créateur hypothèque son futur. La SARL, par sa forme (le risque financier est limité à la mise apportée en cas d’échec du projet), et par l’intuitu personae qu’elle sous-entend, peut être un formidable outil de la TPE si on la libère du capital social minimum.
Plus en amont, la société doit promouvoir l’entrepreneuriat dès l’Ecole et susciter les vocations en faisant témoigner des self made men visionnaires, qui ont réussi grâce à leurs équipes. Arrêtons de vendre le salariat comme une panacée pour nos enfants.
L’école publique accueille les enfants du Maroc «d’en bas», alors que les décideurs privés et publics placent leurs enfants dans les établissements de coopération (français notamment). Dans ces conditions, l’école publique restera longtemps encore la cinquième roue du carrosse. Le taux d’analphabétisme et la difficulté rencontrée par les jeunes issus du système scolaire public à trouver un emploi en relation avec leur niveau d’études est une réalité patente. Alors, en attendant que l’élite donne l’exemple et plébiscite l’école publique, il nous faut mesurer l’impact de la dernière réforme de l’Ecole quant à sa capacité de donner une formation de référence tournée vers l’entreprise.
Nous devons, ensemble, apporter notre réflexion pour une vraie réforme qui partira de la base (parents d’élèves) et ne sera plus l’émanation unique de l’avis d’experts dont, souvent, les enfants étudient dans d’autres systèmes scolaires. Tout cela pour dire que l’entreprise commence sur les bancs de l’école. Nous avons un nombre important de challenges à relever ; et c’est à nous de donner aux jeunes, très tôt, l’envie de croire en l’entreprise et de passer à l’acte.
Notre responsabilité est grande pour sortir nos institutions de leur léthargie et leur rappeler qu’il ne peut y avoir de développement socio-économique harmonieux sans des entrepreneurs socialement responsables et des entreprises performantes. Facilitons déjà la migration du salariat vers l’entreprenariat. L’Administration et les grands groupes privés peuvent être le fer de lance de ce projet en permettant à ces futurs créateurs de bénéficier d’une indemnité d’entrepreneuriat équivalente à 50 % de leur dernier salaire pendant les douze mois qui suivent le lancement de leur projet. Cette indemnité pourrait être prise en charge totalement ou partiellement par l’Etat si l’ex-employeur recrute un nouveau collaborateur de même qualification ou de qualification supérieure pour le poste vacant. En outre, ces jeunes entrepreneurs pourraient bénéficier d’une assurance leur permettant de retrouver leur emploi si, dans les 24 mois qui suivent la création de l’entreprise, l’aventure échoue.

Le banquier ne doit plus prendre en gage le domicile familial de l’entrepreneur
N’oublions pas qu’il faut, en plus d’une bonne préparation, une dose de folie pour créer son entreprise ainsi que du panache, une vision et une stratégie claire et partagée pour réussir. Alors, plus nous réduirons la pression financière et faciliterons l’accompagnement au démarrage, et plus nous aurons des candidats à l’entrepreneuriat et des projets viables.
Toujours dans ce sens, le banquier doit accepter de ne pas prendre en gage le domicile familial de l’entrepreneur en contrepartie d’un prêt professionnel. Cette disposition serait d’ordre public.
Continuons de croire en l’esprit d’initiative des hommes et femmes de ce pays, sans lequel des textes avant-gardistes tels que la réforme de la Moudawana n’auraient pas vu le jour. Alors continuons de militer pour un Maroc plus juste, mieux construit, clé du développement et de l’innovation pour une entreprise plus performante pour toutes les parties prenantes

(*) Président du Centre des jeunes dirigeants, section de Casablanca.

Pour favoriser l’éclosion des petites entreprises, une mesure phare est à prendre, la création de SARL sans capital minimum. Cette mesure évitera le recours à la formule de l’entreprise individuelle, qui prend en otage tous les biens personnels de l’entrepreneur.