Pour faire face au libre-échange il faut poursuivre les réformes

Face à  la pression du système économique mondial comment peut-on gérer nos relations avec nos partenaires, qu’ils soient des pays, des regroupements de pays ou des institutions ?

Aujourd’hui, la référence à la déferlante libre-échangiste domine toutes les analyses de l’environnement économique national et de ses difficultés. L’opinion commune est catégorique : tous nos maux, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, les risques pour demain viennent de l’ouverture. Une opinion manifestement trop courte pour être validée. Pour combattre cette approche réductrice, parfois même incantatoire, il est indispensable de rappeler que l’ouverture s’impose comme une tendance inéluctable des relations internationales dans le monde actuel. Mais il n’est pas moins fondamental de préciser que ses aspects peuvent revêtir des formes différentes, plus ou moins tolérables, plus ou moins acceptables selon les réponses que les acteurs d’une nation sont en mesure de déployer dans les champs traversés par ce phénomène.
Comment se fait-il que l’ouverture inquiète ? Cette inquiétude tient, bien sûr, à la fragilité de notre situation économique et sociale. Une croissance timide et instable, des emplois précaires ou mal rémunérés, un chômage massif. Des signes qui ne prêtent guère à l’optimisme. Un doute s’installe dans différentes couches de la société. Un questionnement est repris comme une litanie : face à la pression du système économique mondial comment peut-on gérer nos relations avec nos partenaires, qu’ils soient des pays, des regroupements de pays ou des institutions ? Comment peut-on espérer conduire un développement économique national, dans une société, sur un territoire jusqu’ici non encore industrialisé ? L’inquiétude se nourrit donc à la fois des problèmes de gestion de l’interdépendance internationale et de l’ajustement de l’économie nationale. L’interdépendance est à la fois élargie et approfondie. L’ajustement est à la fois global et permanent. Ce qui implique une très grande mobilité des comportements, une remise en cause permanente des situations acquises. La question centrale porte alors sur la meilleure façon de combiner cette exigence de mobilité et de remise en cause de situations acquises avec l’aspiration légitime et fondamentale à un niveau suffisant de protection sociale.
Au-delà des appréciations des uns et des autres sur les opportunités et les risques de l’ouverture, des choix et des politiques qui doivent l’accompagner, c’est fondamentalement la question du compromis social lui-même, comme mode de régulation de la dynamique des sociétés, qui est en cause. Ce compromis est bousculé par l’évolution vers une société plus ouverte, plus individualiste, avec comme toile de fond une croissance plus sélective et un emploi moins stable. Le droit au travail n’est plus assuré pour tous, la question de la différenciation des revenus pour améliorer l’accès à l’emploi se trouve posée. La protection sociale, déjà peu étendue, est menacée par le poids qu’exerce son financement sur l’économie. L’exclusion provoque, dans certains quartiers, la naissance de sociétés parallèles qui ne peuvent être traitées par les moyens classiques de l’intervention publique. Au total, les problèmes de cohésion sociale se sont aggravés et celui des inégalités est désormais en concurrence avec celui de l’exclusion.
Rien ne serait pire, dans une telle situation, que de traiter les symptômes et non les causes, et de s’attaquer à lutter contre l’exclusion sans reconstituer une vision d’ensemble des principes économiques et sociaux qui doivent présider au fonctionnement de notre société et accompagner les mécanismes de marché. Aujourd’hui, certes, rien n’est envisageable en dehors de la compétition entre nations et les entreprises à l’échelle internationale. Le développement est avant tout le fait d’une société en marche, d’une société qui entreprend et c’est d’abord le fait de ses entrepreneurs. Bien sûr, l’entreprise n’est pas le seul fait de l’entrepreneur, sa performance dépend de ses relations avec son environnement. L’Etat, tout autant que le marché, ont leur rôle à jouer dans ce processus. Dans tous les cas, les chantiers des réformes doivent être poursuivis, renforcés pour faire prévaloir un mode de fonctionnement fondé sur la mobilisation des ressources, une gestion transparente et une évaluation vérifiant le respect des engagements.