Pétrole : comment réagir face à  la hausse

Plutôt que d’augmenter les prix à  la pompe,
l’Etat devrait réduire la fiscalité sur les carburants.
Il est choquant à  plusieurs égards que l’Etat «tire profit» de la hausse des cours à  travers des rentrées fiscales
en augmentation au détriment du consommateur final.

Au fur et à  mesure que les cours du brut s’envolent, jusqu’à  franchir la barre historique des 50 dollars le baril, une question récurrente se pose avec de plus en plus d’acuité pour les décideurs publics et privés. Dans quelle mesure la croissance de l’économie risque-t-elle d’être affectée par l’envolée de l’or noir ? Surtout que les cours, tant en raison de la situation au Proche et au Moyen-Orient que de l’état actuel des réserves, vont rester durablement élevés. Comme souvent à  des questions simples, les experts apportent des réponses différenciées.
Pour certains pays, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure. Pour d’autres, le pire est inéluctable. Ainsi, malgré le renchérissement des prix du pétrole, des instituts de conjoncture européens ont même décidé de réviser en légère hausse leurs prévisions de croissance pour 2005 dans la zone euro. Cet optimisme s’appuie sur le fait que, grâce aux changements intervenus dans leurs structures depuis vingt ans, les économies des grands pays industrialisés se retrouvent aujourd’hui, selon eux, largement immunisées contre le risque de choc pétrolier. En utilisant des énergies de substitution, en faisant la chasse au «gaspi», la plupart des pays européens sont parvenus à  réduire leur consommation de pétrole. A cela s’ajoute la tertiarisation de l’économie et l’importance croissante des nouvelles technologies, très faiblement utilisatrices d’or noir. En un mot, et pour reprendre un slogan célèbre, les pays riches auraient suffisamment d’idées pour ne plus avoir besoin de pétrole. Et surtout pour pouvoir résister à  une envolée des cours du brut.
Il n’étonnera personne d’apprendre que les pays en développement, importateurs de produits pétroliers – dont le Maroc – seront les grands perdants du choc qu’implique une hausse du baril de brut. Une répercussion intégrale du relèvement des cours sur les prix intérieurs mettrait en jeu des mécanismes macroéconomiques non dénués de risques. Elle se traduirait par un recul de la croissance qui affecterait les secteurs productifs à  travers l’élévation des coûts de production. Elle entraà®nerait donc, soit un ajustement du prix de vente des biens et services, soit une détérioration de la marge des entreprises. L’augmentation de la facture énergétique occasionne une diminution des réserves en devises et une dégradation de la balance des paiements. Grâce au système d’indexation adopté depuis le début de 1995, l’Etat disposait légalement de la possibilité d’ajuster périodiquement le prix de vente des produits pétroliers en fonction de l’évolution du cours du brut. Il s’est abstenu délibérément d’utiliser cette faculté dans le souci de sauvegarder les intérêts des ménages et de ne pas alourdir les charges des entreprises. Cette décision s’est traduite par l’augmentation des charges supportées par la Caisse de compensation. Une tendance difficilement supportable à  long terme. D’un autre côté, il faut rappeler que toute hausse des prix internationaux du pétrole induit une amélioration des recettes douanières et de la taxe sur la valeur ajoutée à  l’importation.
En l’absence d’une politique de long terme qui atténuerait la vulnérabilité de l’économie nationale face au choc pétrolier, l’Etat se trouve contraint à  imaginer dans l’urgence des réponses qui allégeraient l’impact de l’accroissement des coûts d’approvisionnement en produits pétroliers. En réponse au choc, les pays peuvent adopter des stratégies qui modifient la donne, comme le prouvent les réactions discordantes de trois pays d’Asie devant l’alourdissement de leur facture énergétique : l’Inde a décidé de réduire la fiscalité sur les carburants pour protéger ses consommateurs; la Thaà¯lande impose un couvre-feu quotidien à  ses stations-service pour limiter la demande ; la Corée du Sud réduit ses taux d’intérêt, afin de préserver la croissance.
Qu’en sera-t-il chez nous ? Une première réponse de l’Etat, parce que la plus évidente, serait de répercuter la hausse sur les prix à  la pompe. Ne peut-on adopter un mécanisme de modulation de la fiscalité pour contrebalancer les variations de prix ?
Cette réponse serait d’autant plus légitime que, d’une part, la TVA joue un rôle amplificateur sur les hausses en tant que taxe proportionnelle au prix et, d’autre part, qu’il pourrait apparaà®tre choquant à  plusieurs égards que l’Etat «tire profit» de la hausse à  travers des rentrées fiscales en augmentation au détriment du consommateur final .