Petits poissons et grosses légumes

Chaque fois que je m’irrite du spectacle de ces incarnations du vide qui ne se mouchent pas du pied, de ces baudruches gonflées d’importance, de ces suffisants qui croient ferme qu’ils sont le sel de la terre, je me replonge dans ce bijou de causticité plaisamment intitulé «Les petits poissons rouges» contre l’esprit de sérieux et les gens importants.

Avec ses petits poissons comme anges gardiens, Pierre Boncenne, l’auteur, pointe les mille variétés de la fatuité et de la cuistrerie, banales expressions de l’esprit de sérieux. Il repère «ces infimes dérèglements psychologiques ou sociaux qui, à force de s’accumuler, conduisent aux poses emphatiques et aux manières outrecuidantes». Il est vrai qu’il n’a pas à chercher loin. De la politique aux affaires, les «maîtres éminents» sont légion. Ils avancent en terrain conquis, sûrs que la société leur renverra le reflet de leur réussite.

Ils parlent haut et fort, attentifs surtout à l’attention qu’on leur accorde et que ne leur marchande pas la foule affairée des courtisans – ne se désolant que d’une chose. N’être point écoutés. Pierre Boncenne et ses petits poissons ont le mérite de rappeler que le sérieux est rarement dans la posture qui cherche à l’afficher et à l’affirmer ; et que l’on peut parfois le trouver dans un simple sourire opposé à celle-ci, dans le pas de côté de l’esprit, délesté du sentiment de sa propre importance. C’est dire comme «Les petits poissons rouges» est un puissant antidote contre la bêtise, sous ses formes vaniteuses. A lire donc, par mesure d’hygiène.