Patate chaude

Il n’a plus la frite, ce maître d’école, depuis sa reddition infamante devant la patate. A la tête d’une institution privée, il voulait du bien aux chérubins dont il avait la charge…

Il n’a plus la frite, ce maître d’école, depuis sa reddition infamante devant la patate. A la tête d’une institution privée, il voulait du bien aux chérubins dont il avait la charge. Cela passait par leur ventre. Inspiré du dernier décret français sur la qualité nutritionnelle des repas dans les cantines scolaires, le brave directeur fit le choix de ne convier à la table de ses ouailles que les aliments francs du collier, et d’en expulser les insidieux. A ses yeux, la pomme de terre ne méritait aucune indulgence, tant elle serait responsable de l’épidémie d’obésité qui frappe les ados du monde entier. Aussi, l’eut-il boutée hors du menu. La riposte des marmots ne se fit pas attendre. Ayant gros sur la patate de se retrouver sevrés de frites, ils faisaient la fine bouche devant les plats servis, au mieux, ils ne les touchaient que du bout des lèvres. A un tel régime, ils allaient dépérir ; en leur état, ils n’étaient plus en mesure de braver dictées truffées de pièges, calculs tortueux et autres réjouissantes pénitences. Leurs enseignants s’en émurent. Ils se mirent à plaider, auprès de leur directeur, la cause du tubercule interdit de séjour. Les parents, à leur tour, s’en allèrent de leur couplet en faveur du légume si pétri de vertus. Il ne coûte pas cher, tient au corps, s’accommode à toutes les sauces, s’associe délectablement aux autres légumes… Que demander de plus ? Pas patate pour un sou, le directeur si soucieux de la santé de ses élèves leur rendit frites et hachis parmentier. Purée !