Pas lieu de sourire

Nous avons grandement besoin de vrais sourires pour tromper notre angoisse.

Entretenir les lecteurs d’un objet aussi lumineux que le sourire en des temps sombres peut paraître sinon cynique, du moins incongru. Pourtant, autant que vous, j’ai le cœur serré comme une pierre au spectacle d’une époque abominable, où une forme toxique de mondialisation brutalise les peuples, détruit les cultures et les prive d’espérance; où des pasteurs se transforment en Caligula égorgeurs de leurs brebis insurgées, et où les crispations identitaires, non seulement se fortifient, mais font entrevoir le pire. Il n’y a pas de quoi en rire, j’en conviens, tout en vous invitant, sans rire, à vous plonger dans le récent ouvrage de «Marianne La France» sur le sourire. Sans conteste, ce professeur de psychologie expérimentale à l’Université Columbia en connaît un rayon sur cette thématique et son étude est proprement éclairante, tout autant qu’un sourire angélique. Vous êtes empêtré dans les soucis, mais vous tenez, quand même, à faire contre mauvaise fortune bon cœur, en vous fendant d’un sourire. Rien de plus aisé, il suffirait de mettre à contribution le muscle zygomatique qui entoure les lèvres. Sauf que n’en affleurerait qu’un faux sourire peu trompeur ou une expression amère, résignée ou triste. Car, précise «Marianne La France», le vrai sourire, qui met en jeu non pas les lèvres mais le muscle qui entoure l’orbite oculaire, ne se délivre pas sur commande. Déprimant, à un moment où nous avons grandement besoin de vrais sourires pour tromper notre angoisse.