Partenariat : la boîte noire du développement rural

Malgré la diffusion que connaissent les partenariats, les mécanismes par lesquels ils contribuent au développement rural ne sont pas totalement clairs. Les acteurs impliqués sont visibles, mais les résultats obtenus à  partir des ressources utilisées ne le sont pas.

Qui contesterait l’idée que le développement n’est pas concevable sans un milieu rural dynamique et préparé à  valoriser son potentiel et ses ressources humaines ? On n’a pas besoin d’être clerc pour relever le constat du retard social et de l’extension de la pauvreté de nos campagnes, celui de la mise en valeur insuffisante du potentiel de production de l’agriculture, celui de la dégradation des ressources naturelles et hydriques, celui de l’insuffisance des infrastructures économiques et sociales qui réduisent les initiatives des populations rurales. La pratique du développement rural a longtemps été fondée sur la mobilisation de financements budgétaires engagés au travers des administrations publiques et utilisés de façon non optimale. Introduite depuis quelques années, l’approche partenariale se proposait d’initier une relation «paritaire» entre des partenaires, là  o๠prévalaient des relations verticales entre administration et population. Aujourd’hui, les acteurs locaux sont de plus en plus invités à  s’associer à  l’élaboration de programmes d’action ou d’initiatives concernant leur région. Cette volonté de les faire participer davantage à  l’échelon local a été suscitée par les médiocres résultats obtenus par des politiques ne prenant guère en compte les caractéristiques locales. C’est aussi une réaction au fait que, malgré la croissance économique, l’exclusion sociale et les problèmes qui y sont liés persistent.

Malgré la diffusion que connaissent les partenariats, les mécanismes par lesquels ils contribuent au développement rural, à  l’insertion sociale, ou à  tout autre objectif poursuivi, ne sont pas totalement clairs. Les partenariats peuvent être comparés à  une «boà®te noire» : les acteurs impliqués sont visibles, mais les résultats obtenus à  partir des ressources utilisées ne le sont pas. Les possibilités offertes par cette approche participative du développement sont nombreuses: s’attaquer aux problèmes des disparités et de l’exclusion sociale, aider à  identifier les zones de synergie entre les activités fondées sur les compétences locales, ouvrir des opportunités de développement local dans un contexte de compétition globale. Les partenariats locaux ont toutefois un point faible : leur structure. Il leur manque une légitimité institutionnelle et démocratique et ils sont confrontés à  des problèmes de coordination, tant au plan horizontal (entre les partenariats) que vertical (entre les partenariats et l’administration). Concilier action publique et partenariat présente un certain nombre de difficultés. L’autorité locale se retrouve souvent dans une position ambiguà« en ce sens qu’elle arrive difficilement à  concilier implication institutionnelle et autonomie des acteurs. Le partenariat peut remettre en question les pouvoirs des élus locaux, mandatés par leurs électeurs pour s’occuper de questions de développement. Les élus, quand ils ne sont pas impliqués dans les projets, ont tendance à  considérer comme une menace la coopération entre l’autorité locale et la société civile. Cette dernière a elle aussi sa part de problèmes : dans de nombreux cas, les organisations non gouvernementales n’ont pas réussi à  être représentées de manière adéquate pour pouvoir coopérer efficacement avec les instances publiques.

Cette situation sape la pertinence de l’ensemble du processus et limite l’étendue de la participation effective des populations au développement rural. Les obstacles de ce type portent à  croire qu’améliorer la gouvernance par le biais du partenariat n’est pas chose aisée. C’est ce que confirment les résultats mitigés obtenus par les partenariats jusqu’à  présent. Pourtant, de grands espoirs sont placés dans ces processus.

Les possibilités ouvertes par cet instrument de gouvernance et les difficultés qu’il pose nécessitent d’approfondir l’examen des mécanismes permettant de coordonner et d’intégrer les politiques de développement, et de les adapter au contexte local. Pour aider les partenariats à  définir leur rôle et préserver leur capacité à  innover, il faut mettre en place un cadre d’action plus stable et renforcer le mécanisme d’imputabilité des résultats. On pourrait y parvenir par un processus d’analyse comparée et d’évaluation régulière des différents modèles de partenariat mis en Å“uvre à  l’échelon local.