Parents, soyez vigilants !

Avec Internet, la tâche s’est beaucoup compliquée, nos ados, le regard fixé sur leurs écrans, se faisant plus autistes que jamais. Or, il faut bien avoir présent à l’esprit que, tout en étant dans leur chambre et donc physiquement là, ils peuvent courir les plus grands dangers pour peu que des prédateurs, sexuels ou djihadistes, jettent leur dévolu sur eux. Alors, parents, soyez vigilants. Les recruteurs de Daesh excellent dans le lavage de cerveaux

Le 11 janvier dernier à Marseille, un enseignant juif se faisait agresser à coups de machette. Ayant réussi à dévier la charge, il s’en est sorti sans blessures majeures. Le père de son agresseur, en prenant connaissance de l’acte commis par son fils, n’avait pas de mots pour exprimer son incompréhension et son chagrin. «Je n’arrive pas à y croire. Comment un enfant de 15 ans peut faire ça ? J’ai tout mon intérieur qui est en train de brûler», a-t-il ainsi déclaré aux journalistes. Quinze ans. L’âge en effet de l’auteur de cette agression antisémite. Un collégien tranquille qui, douze jours auparavant, avec une préméditation assumée, avait acheté une machette et un grand couteau. Pour tuer un «yahoudi», et des policiers, si besoin est. «Ça, c’est pour vous», a-t-il lancé à ces derniers lors de son arrestation quand, en plus de la machette abandonnée sur le lieu de l’agression, cette autre arme a été retrouvée en sa possession. Ne regrettant rien, sauf de ne pas avoir réussi à tuer sa victime, l’adolescent a revendiqué son acte au nom de l’EI. Avec son cas se rallonge un peu plus la liste déjà fournie des jeunes djihadistes dont rien, à première vue, ni dans leur comportement, ni dans leur milieu familial n’aurait pu laisser prévoir qu’ils tomberaient entre les griffes de Daesh. Bon élève (14 de moyenne générale) apprécié par ses professeurs, «poli et très serviable», selon ses camarades, sans troubles psychiques, sans antécédents judiciaires et inconnu des services de renseignements, le jeune se serait radicalisé tout seul sur internet. Ses parents, des réfugiés kurdes installés en France depuis 2011, sont des musulmans non pratiquants, ce qui leur vaut d’être qualifiés par leur fils d’«apostats».

A travers cette agression antisémite s’illustre une nouvelle fois la complexité de la problématique de la radicalisation des jeunes. Et, quand on est parent d’ados, une occasion supplémentaire de s’inquiéter. Car, que l’on soit du Nord ou du Sud, qui peut se dire complètement à l’abri du cauchemar vécu par ce père brisé? Jusqu’à présent, les grands dangers qui guettaient les jeunes en cette période délicate de la vie qu’est l’adolescence avaient pour nom drogue, comportements à risque, suicide… A ces maux, il faut désormais rajouter l’endoctrinement jihadiste dont les ravages, s’ils ne touchent encore qu’une infime proportion de la jeunesse musulmane du monde, sont juste terrifiants.

Que se passe-t-il dans la tête d’un jeune, a priori «normal», pour qu’en lui la pulsion de mort étouffe la pulsion de vie jusqu’à le départir de son humanité et le rendre capable de tuer froidement des inconnus au nom d’un djihad dévoyé ? Psychiatres, sociologues et tout ce que l’on compte comme experts en sciences humaines planchent sur la question sans que leurs réponses n’éclairent vraiment notre lanterne tant les causes avancées sont multiples et les profils des djihadistes variés. Tout le monde s’accorde sur ce point, le danger du basculement dans le djihadisme ne concerne pas, ou plus seulement, le jeune exclu habité par la colère et la rancune à l’égard d’une société qui le rejette. Ou l’être en souffrance martyrisé par un milieu familial toxique. Les équipes qui travaillent en France ou en Belgique en direction des jeunes radicalisés le constatent sur le terrain. Les attentats du 13 novembre à Paris l’ont confirmé avec, parmi leurs auteurs, des jeunes qui paraissaient être parfaitement intégrés dans leur société avec un travail, une famille, des amis. Et pourtant, comme la vidéo postée récemment par l’EI qui les montre en train de procéder à des décapitations, ils se sont rendu capables, avant de se faire exploser, des pires atrocités.

La règle d’or délivrée aux parents, surtout quand leurs enfants entrent dans l’adolescence est de veiller à toujours maintenir vivant le dialogue avec eux. Et, autre consigne tout aussi importante, de savoir avec qui ils sont et avec qui ils vont. Avec Internet, la tâche s’est beaucoup compliquée, nos ados, le regard fixé sur leurs écrans, se faisant plus autistes que jamais. Or, il faut bien avoir présent à l’esprit que, tout en étant dans leur chambre et donc physiquement là, ils peuvent courir les plus grands dangers pour peu que des prédateurs, sexuels ou djihadistes, jettent leur dévolu sur eux. Alors, parents, soyez vigilants. Les recruteurs de Daesh excellent dans le lavage de cerveaux.