Parce qu’il y a un avenir

L’interdiction de l’idéologisation de l’éducation
est un vœu pieux sur le terrain. On a ainsi révélé,
lors du débat, qu’un manuel d’éducation religieuse se
terminait par des adresses électroniques de sites islamistes…

Les nouvelles de par le monde sont mauvaises. Le crime israélien, dans la logique du terrorisme d’Etat prôné et pratiqué sans vergogne par Sharon, relance un processus de violence aux impacts planétaires. Dénoncer, combattre ce fléau ne suffit pas, il faut préparer les conditions de son éradication.
L’un des aspects, concernant le Maroc, est l’école, creuset de l’obscurantisme, de l’avis même de ceux qui la font. Conscientes de son importance, l’Organisation marocaine contre la haine et le racisme et l’Association marocaine pour l’éducation et la jeunessse (AMEJ) ont organisé le 19 mars un débat autour de l’école et la culture de la haine.
Les intervenants avaient la particularité d’avoir travaillé sur ce thème. L’assistance, près de 200 personnes, était constituée d’enseignants, de militants associatifs et de jeunes. La presse, à part deux quotidiens et la RTM, n’a pas jugé utile de se déplacer. La quintescence du débat ? Une confirmation. La réforme a du mal à se concrétiser, et ce à tous les niveaux. Les programmes et les manuels, même revisités, continuent à charrier une conception manichéenne de l’histoire, de l’humanité.
Le professeur Mohamed El Ayadi, dans un exposé clair, a mis en relief le fondement de ce manichéisme. L’islam présenté aux écoliers est une utopie qui aurait une solution à tous les problèmes. L’Etat islamique, supérieur à tout ce que l’humanité a engendré, serait celui de l’égalité via la zakat, de la solidarité, de la dignité.
Conclusion logique : si cet Etat n’existe pas, c’est que les sociétés musulmanes ne le sont pas, et qu’il faut lutter pour son avènement. Pas besoin d’un Fizazi ou d’un Kettani pour le dire, c’est ce qu’en toute bonne foi, peut-être, les instituteurs professent à longueur d’année scolaire. L’histoire du Maroc commence par la conquête islamique. La femme est aussi d’une virtualité extraordinaire, elle est pure, immaculée, affectueuse… mais soumise à Dieu et à l’homme.
Les spécialistes expliquent que bien avant le 16 mai, dès 2001, l’énoncé des valeurs devant présider à la confection des manuels et des programmes est remarquablement avancé. Il est cependant remis en question dès la confection du cahier des charges, qui devient beaucoup plus «permissif». Et ils aboutissent tous à la responsabilité collective. D’abord le corps enseignant, fortement pénétré par l’intégrisme. Certains enseignants dénoncent le laxisme qui permet à certains de leurs collègues de se présenter en tenue afghane. Ils dénoncent surtout le fait que les intégristes enseignent toutes les matières, y compris les sciences exactes, à travers le prisme coranique.
Conscients tout de même des imperfections de l’autre camp, ils parlent de désertion. Ainsi, le ministère a mis en place des structures délibératives dans les écoles. Les islamistes monopolisent ces structures par forfait. Les associations de parents d’élèves sont désertées, au même titre que les activités parallèles, par les modernistes. Le ministère, en application de la charte, a ouvert l’espace de l’école aux associations par le biais du partenariat. Ce n’est que depuis quelques jours que l’OMDH, l’AMDH et l’association féministe Jossour ont signé un accord dans ce sens. Les autres, ils sont sur le terrain depuis longtemps.
Sur ce chapitre, le drame est qu’il y a unanimité sur la campagne d’alphabétisation. Selon tous les intervenants, pour la plupart enseignants, elle a totalement été concédée aux intégristes. Ceux-ci utilisent ces moyens pour employer les leurs ou recruter par ce biais. La mode des heures supplémentaires, payées par des «mouhsinine», est aussi très répandue.
L’aspect fondamental sur ce qu’est l’école et ce que la société veut en faire a marqué le débat. Conclusion : on est loin d’un consensus là-dessus. Ce qui nous renseigne sur la matérialité d’un projet sociétal en gestation. Les participants n’avaient qu’un mot à la bouche : la vigilance. L’un des intervenants a même révélé qu’un manuel d’éducation religieuse se terminait par des adresses électroniques de sites islamistes. L’interdiction de l’idéologisation de l’éducation n’est qu’un vœu pieux sur le terrain.
Durant les cinq heures de débat, heurté, souvent éclaté, mais riche, l’élite marocaine et son désintérêt pour l’école a été souvent attaquée. Il y a quelques années, dans ces mêmes colonnes, j’avais parlé de «Tchernobyl social». Les faits malheureusement me donnent raison. L’élite a démissionné en mettant ses enfants dans le privé.
Après le 16 mai, elle doit se rendre à l’évidence : si nous perdons la bataille de l’école, nous perdons toute chance de gagner celle de la société. N’ayant pas de compétence particulière en sciences de l’éducation, j’invite mes confrères à relancer ce débat en faisant intervenir les spécialistes. Il est plus important pour notre avenir que «les affaires». Réformer l’école sans tabou, pour nous préparer un avenir autre que la violence, est une tâche urgente et nécessaire. L’avenir immédiat, c’est ce samedi et la manifestation de Rabat. Il nous faut y participer en masse pour soutenir le peuple palestinien et dénoncer tous les terrorismes. Il n’est pas question de laisser d’aucuns en faire une manifestation de haine et d’appel au meurtre. Cela aussi est un combat de démocrate résolu