Palestine : l’heure du choix

Un référendum qui donnerait une majorité de Palestiniens pour la solution des deux Etats aurait des répercussions immenses en Israël. Il permettrait de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui clament que les Palestiniens ne renonceront
jamais à  vouloir détruire Israël. Il redonnerait du souffle
aux pacifistes dont la voix pour le moment se perd dans le désert.

Du fin fond des geôles israéliennes, des voix palestiniennes se sont fait entendre. Face aux déchirements des leurs, elles se sont unies pour proposer une sortie de crise. Seront-elles écoutées ? En Palestine, o๠l’intégrité même de la société n’a jamais autant été menacée, l’heure du grand choix semble être en train de sonner.

Les Israéliens peuvent se vanter d’avoir permis aux Palestiniens de bénéficier de la meilleure des écoles politiques : la prison. C’est là  que la plupart des leaders actuels, toutes tendances confondues, ont assis leur formation et acquis leur légitimité. Près d’un homme sur deux en Palestine a connu la détention, soit 650 000 depuis le début de l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967. Aucune famille n’est ou n’a été épargnée. Les prisonniers palestiniens détenus par Israà«l sont donc à  la fois la douleur et la fierté de toute une société. D’o๠l’extrême portée de l’acte qu’ils viennent de poser et sur lequel ils appellent leurs dirigeants à  se prononcer.

Cet acte, quel est-il ? Un accord majeur sur les différends fondamentaux qui opposent les deux principaux camps politiques en Palestine. L’initiative a réuni les représentants en prison des différents courants politiques, Hamas et Fatah en tête. Elle a abouti à  un document dont la teneur a été livrée au grand public et qui appelle à  Å“uvrer à  la création d’un Etat palestinien à  l’intérieur des territoires occupés par Israà«l après 1967. Cette proposition revient à  reconnaà®tre de fait l’existence de l’Etat hébreu. Elle prévoit également de limiter la résistance palestinienne aux territoires occupés. Ce serait alors la fin des attaques en Israà«l. Le document appelle aussi à  la création d’un gouvernement d’union nationale pour mettre fin aux affrontements sporadiques entre le Hamas et le Fatah (plus d’une dizaine de morts et autant de blessés à  Gaza au cours des semaines passées).

Cette proposition permet au président Mahmoud Abbas de reprendre la main. Dans le cadre d’une conférence autour du dialogue national, il a posé un ultimatum au Hamas, lui donnant dix jours pour approuver ledit document. Passé ce délai, il en appellerait au peuple dans les quarante jours afin que celui-ci se prononce par référendum sur le sujet.

Depuis la victoire des islamistes du Hamas aux dernières élections législatives, les cartes se sont brouillées en Palestine. En l’espace de deux ans, les Palestiniens ont voté successivement pour les partisans du compromis historique (Fatah) et pour ceux (Hamas) qui prônent la lutte armée jusqu’à  la «victoire finale». Le résultat, ce sont ces affrontements fratricides qui font le jeu de l’occupant israélien. Arrêter au plus tôt cette dérive devient la priorité majeure pour les Palestiniens. Le temps presse. Servi par l’intransigeance du Hamas et tirant parti du chaos régnant en Cisjordanie et à  Gaza, le gouvernement israélien pousse en effet chaque jour un peu plus son plan de séparation à  partir duquel il entend arrêter unilatéralement et de «manière définitive» les frontières de l’Etat israélien.

Qu’ils soient Palestiniens, Israéliens ou Arabes, les adversaires de la solution d’un Etat palestinien à  l’intérieur des frontières de 1967 ont toujours exploité le flou qui existe quant au sentiment de la population sur cette question. Si, sous l’égide de feu Yasser Arafat, l’OLP a formellement éliminé l’article qui, dans sa charte, appelait à  la destruction de l’Etat d’Israà«l et, par les accords d’Oslo, a adhéré à  la solution de deux Etats vivant côte à  côte, la population palestinienne n’a jamais été appelée à  se prononcer clairement et ouvertement sur le sujet. L’heure est peut-être venue de lui en offrir l’opportunité. Puisque ses représentants échouent à  trouver un terrain d’entente, au peuple de dire ce pour quoi il opte. Veut-il continuer la lutte jusqu’à  recouvrer l’ensemble de ses droits nationaux sur la Palestine historique ou fait-il le choix du compromis historique, soit donc la reconnaissance d’Israà«l et le combat pour un Etat palestinien à  l’intérieur des frontières de 1967? C’est de son avenir qu’il est question et il serait juste qu’il ait son mot à  dire. S’il choisit la lutte jusqu’au-boutiste, eh bien ce sera celle-ci que ses dirigeants devront désormais privilégier. Par contre, s’il opte pour le compromis, alors plus personne, à  l’intérieur ou à  l’extérieur de Palestine, ne pourra continuer à  cultiver son intransigeance sur son dos. Un référendum qui donnerait une majorité de Palestiniens pour la solution des deux Etats aurait des répercussions immenses en Israà«l. Il permettrait de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui attisent la haine en clamant que les Palestiniens ne renonceront jamais à  vouloir détruire Israà«l. Il redonnerait du souffle aux pacifistes dont la voix pour le moment se perd dans le désert. Au sein du gouvernement Olmert, il est intéressant de rappeler qu’il est un «Marocain», le travailliste Amir Peretz, qui continue à  prôner la reprise des négociations avec les Palestiniens, ce qui lui vaut de sérieuses prises de bec avec son premier ministre. Conscient des enjeux, Mahmoud Abbas a choisi de jouer son va-tout. Maintenant, les Palestiniens peuvent aussi ne plus vouloir tendre le rameau d’olivier, vu le degré de désespoir dans lequel la politique menée par Sharon jusqu’à  sa sortie du champ les a conduits. Cependant, la Palestine reste la terre même des oliviers. L’espoir ne peut donc se résoudre à  y mourir