Outrances politiques, assez !

Au vu des dérives que connaît la scène politique marocaine, le sentiment est qu’il n’existe plus aucune balise pour réglementer le combat impitoyable auquel se livrent entre eux les «élus» de la nation.

Certains de nos hommes politiques ont-ils conscience des responsabilités qui leur incombent ? Leur arrive-t-il de s’interroger sur les retombées de leurs agissements et des propos publics qu’ils tiennent ? Au vu des dérives que connaît la scène politique marocaine, le sentiment est qu’il n’existe plus aucune balise pour réglementer le combat impitoyable auquel se livrent entre eux les «élus» de la nation. Pourtant, même sur un ring, des règles sont à respecter par les pugilistes. Or là, tout est bon pour faire la peau à l’adversaire. Du coup, le spectacle renvoyé, lui, est pitoyable. Les diatribes entre majorité et opposition versent dans le ridicule. Parce qu’ils leur font perdre toute décence, ils dépouillent leurs auteurs de toute crédibilité. Face à la somme d’outrances que, très équitablement, les uns et les autres nous infligent, on se pense solidement vacciné. Mais il faut croire que non ; on ne l’est pas tout à fait ! Certains réussissent encore la gageure de nous outrer et de réveiller notre colère. Tel est «l’exploit» accompli par le secrétaire général de l’Istiqlal avec sa dernière sortie. Sous prétexte de défendre la famille marocaine (sic), Hamid Chabat a attaqué deux ministres du gouvernement sur le registre de leur vie privée. Les accusant d’avoir noué une relation amoureuse, il a imputé le récent divorce de l’un à l’autre. S’il ne les a pas nommément cités, il s’est employé à livrer tous les détails nécessaires pour que l’on sache très exactement de qui il s’agit. La saillie ayant été aussitôt répercutée par les médias, la ministre mise en cause s’est trouvée dans l’obligation de se justifier publiquement sur son divorce et de démentir toute relation extraconjugale avec son collègue. Le secrétaire général de l’Istiqlal n’en est pas à sa première outrance mais celle-ci est proprement honteuse. Honteuse pour ce qu’elle comporte de sexisme, de bassesse et de rabaissement de l’action politique. Mais honteuse aussi et surtout eu égard à l’image du parti dont l’auteur de cette attaque est à la tête. En effet, le Parti de l’Istiqlal n’est pas n’importe laquelle des formations politiques. Qu’on adhère ou pas à ses idées, il reste celui qui a porté le combat pour l’indépendance nationale. En cela, son histoire est la nôtre car celle de nos pères. Et c’est la mémoire de ces derniers qui est ici malmenée. L’Istiqlal a été fondé par des hommes portés par des valeurs et des principes. Ils étaient durs au combat mais jamais, au grand jamais, ils n’auraient failli à l’éthique, ne se seraient déshonorés par des comportements irrespectueux. Beaucoup d’entre eux doivent aujourd’hui se retourner dans leurs tombes ! Parmi les valeurs fondamentales qui les habitaient, il y avait notamment un respect profond de la femme. Une femme dont l’émancipation était inscrite dans leur programme politique, conscients qu’ils étaient que le Maroc n’évoluera pas sans émancipation féminine. Alors venir ainsi, en public, bafouer la dignité d’une dame sous prétexte qu’elle s’est jetée dans l’arène politique, jamais ils n’auraient pu cautionner pareille vilénie ! Non, Monsieur Chabat, vous n’avez pas le droit ! Ce n’est pas parce que vous êtes à sa tête que ce parti est votre chose. Par son histoire, il nous appartient à tous, en tant que Marocains, d’où le droit de regard que nous avons sur lui. Alors, s’il vous plaît, Monsieur le secrétaire général, tapez sur vos adversaires autant que vous le voulez mais dans le respect de l’éthique et de la déontologie politique. Car vous avez un devoir de respect à l’égard de l’histoire de ce parti.
Etre l’objet d’attaques fait partie de la règle du jeu, dès lors qu’on se jette dans l’arène politique. Ce n’est pas la première fois qu’une ministre en fonction fait l’objet d’une charge violente. On se souvient de celles menées contre une ministre de la santé, issue d’ailleurs des rangs de l’Istiqlal, et à laquelle on fit payer très cher sa présence dans le gouvernement. Mais s’il y eut des attaques débordant sur la vie privée, celles-ci eurent lieu en dehors du champ politique à proprement parler. La nouveauté, et donc la gravité dans ce cas présent, c’est que le recours au registre privé pour mener une attaque politique a été le fait d’un leader politique dans le cadre d’un meeting politique. Et cela ne peut qu’être fermement dénoncé n