Où en est l’économie marocaine ?

Si l’économie marocaine s’est plutôt moins mal sortie que beaucoup d’autres pays, est-elle du coup bien placée pour consolider une sortie de crise ?

La saison budgétaire est ouverte. Le Conseil des ministres a donné son aval au nouveau millésime des finances publiques. On va voir se succéder la discussion du projet de loi de finances (PLF) à la Chambre des représentants puis à la Chambre des conseillers. C’est toujours un moment clé du débat public, mais il sera probablement particulièrement animé cette année. C’est en effet dans ce cadre que va se concrétiser le tournant de l’austérité. C’est que le montage du budget intervient dans un contexte délicat. Jusqu’à présent, un ensemble de mécanismes ont concouru à atténuer l’effet de la crise sur l’économie nationale. Le Maroc a été aidé par sa faible intégration au marché mondial. Les politiques publiques ont joué un rôle secondaire. Le volontarisme manifesté par le gouvernement au cours de la phase la plus aiguë de la crise a certes contribué à limiter les réactions de panique qui auraient pu sensiblement aggravé la situation.

Mais au-delà de cette dimension psychologique -très importante en temps de crise-, l’action des pouvoirs publics est restée d’une ampleur limitée. L’argent public supplémentaire injecté dans l’économie au cours de 2009 et 2010 via des baisses de prélèvements ou des hausses de dépenses a représenté peu de points du PIB. L’impact des mesures discrétionnaires du plan de relance a été estimé, par le HCP, à 0,8 point de PIB en 2009 et 1,2% en 2010. Le Maroc a perdu quelques points de croissance à cause de la crise : un point du PIB en 2008 et environ deux points et demi en 2009, toujours selon les estimations du HCP. Certes, c’est un manque à gagner appréciable mais c’est peu de chose comparé à ce qu’on pourrait redouter si la pluviométrie n’était pas clémente.

C’est d’abord la consommation qui explique cette – toute relative – performance de l’économie marocaine. La progression de l’investissement a ralenti plus que l’activité. Enfin, les échanges extérieurs se sont fortement détériorés, les exportations accusant un retard important. Le ralentissement de l’activité s’est traduit par un fléchissement de la progression de l’emploi. Si l’économie marocaine s’est plutôt moins mal sortie que beaucoup d’autres pays, est-elle du coup bien placée pour consolider une sortie de crise ? Pas vraiment. L’incertitude reste tout d’abord très forte sur la solidité de la reprise à l’échelle mondiale. Les prix des matières premières qui avaient baissé avec la récession sont repartis à la hausse. La croissance des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) notamment de l’économie chinoise, devrait se ralentir parce que les autorités cherchent à maîtriser la spéculation immobilière et l’inflation.

Le gouvernement américain dispose de peu de marges budgétaires pour relancer la consommation et l’investissement. Le Vieux continent n’a pas encore intégré pleinement les effets sur l’économie réelle de la crise de l’euro et les effets négatifs de la crise monétaire vont probablement peser durablement sur sa croissance. A ce contexte peu encourageant s’ajoutent des difficultés spécifiquement marocaines. Le caractère relativement peu industriel et faiblement exportateur de l’économie nationale est un handicap réel. En supposant que la demande mondiale reparte, cela implique que l’économie marocaine en profitera moins que d’autres. Malgré les bons chiffres des phosphates et de ses dérivés, la structure du commerce extérieur pèse négativement sur l’économie marocaine durant ces dernières années. Dans un certain nombre de secteurs émergents, l’offre de production n’a pas encore atteint une masse critique indispensable pour maintenir une activité exportatrice significative. Par ailleurs, la consommation des ménages a été un des principaux soutiens à l’activité au cours de la crise. Mais ce moteur risque fort de se gripper au cours des prochains mois. On assiste à une -légère- remontée des prix tandis que parallèlement l’austérité salariale se renforce.

Ce double mouvement va donc peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Plusieurs des raisons qui expliquaient la résistance de l’économie dans la crise risquent désormais d’être des handicaps dans ce nouveau contexte. Dans ce contexte, la politique choisie par le gouvernement pour rétablir les équilibres budgétaires est-elle de nature à accélérer la croissance ? Le gouvernement s’est engagé à maintenir le déficit public à 3,5% du PIB cette année. Il faut souhaiter que l’exécution du budget restera dans cette norme pour éviter qu’un creusement plus important du déficit ne remette en cause la soutenabilité budgétaire à moyen terme. Le gouvernement a annoncé son intention de baisser les dépenses courantes de l’Etat hors intérêts sur la dette publique. La publication de la mouture indiquera comment le gouvernement entend procéder pour atteindre cet objectif. Quelles sont les actions de rationalisations envisagées ? Une réduction du train de vie de l’Etat ? Une réforme du dispositif de la compensation ? Une programmation à la baisse de la création de nouveaux postes ? Quels sont les ministères qui verront le volume de leurs dépenses ? Quels sont les plus touchées ou maltraitées par les restrictions budgétaires ?

Du côté des recettes, il ne semble pas être question d’engager une réforme de la fiscalité afin d’accroître les rentrées. Le gouvernement se contenterait de «mobiliser» certaines niches fiscales. Sur ce plan, il a précisé ses intentions en prévoyant d’optimiser l’assiette fiscale et le recouvrement en appliquant un nouveau régime de fiscalisation de la TPE. Le succès de ces mesures dépendra de leur faisabilité et de leur rendement. En somme, la persistance des inquiétudes sur l’environnement international et national impose des défis au niveau de la gouvernance et de l’efficience de la politique budgétaire.