Osons faire de 2005 «l’année des employées de maison»

Taillables et corvéables à merci, elles ont pratiqué la flexibilité de l’emploi avant l’heure.
Elles, ce sont les employées de maison. Elles côtoient notre abondance, élèvent nos enfants. Alors, offrons leur la reconnaissance en attendant que la loi leur assure une protection.

Le soir du Réveillon, nous étions nombreux dans les rues, certains pour faire les emplettes, d’autres pour les porter. Cette période, qui précède le changement de compteur, est propice aux envies. Les mets les plus fins sont convoités pour agrémenter nos tables. L’hôte ne regarde pas la facture, l’événement n’arrive qu’une fois par an, alors dépenser sans compter est un plaisir. Une fois les billets bleus troqués, il faut préparer le menu et lui donner corps. Et, là, entrent en jeu les employées de maison, qui pratiquaient la flexibilité de l’emploi bien avant l’avènement du nouveau code du travail, en juin 2004.
On ne doit pas les laisser, une fois trop âgées pour travailler, tendre la main pour vivre
En effet, pour ces salariés, les horaires sont variables ; on peut les résumer comme suit : de très tôt le matin à très tard le soir, c’est-à-dire une fois que tout le monde dort. Pour le jour de repos, c’est, sauf exception, le jour où le ou la salariée est malade, c’est-à-dire jamais. Ces gens-là, c’est connu, ne tombent jamais malades. Les vacances de ces salariées, c’est la hantise de l’employeur de maison et une hérésie à laquelle il faut se plier.
«Les choses ont changé !», «c’est plus comme avant», «il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur». Tout le monde le sait, «les gens indispensables jonchent les cimetières».
Une fois le congé accordé pour toute une semaine (!!!), l’hôte doit s’organiser pour montrer que c’est lui le maître et que la maison reste debout, même en l’absence de la fée du logis. C’est difficile, mais, là, chaque membre de la famille prend en charge à titre exceptionnel une partie des tâches quotidiennes de la vacancière. On peut citer à titre d’exemple : faire son lit, ranger ses affaires, débarrasser la table… le reste attendra ! Une semaine ce n’est pas long.
Ces salariées de l’ombre méritent aussi un cadeau à la veille de leurs fêtes: avoir enfin un statut et une dignité. Nous ne pouvons continuer à considérer que leur accès à la santé est un luxe, laissé souvent à l’arbitrage très subjectif du maître ou de la maîtresse de maison, et à leurs commentaires caustiques.
Peu de gens savent que certaines assurances peuvent couvrir la santé des employées de maison. Alors, soyons socialement responsables et accordons leur une reconnaissance méritée, et ce en attendant un système plus global qui prendra en charge automatiquement le volet santé de tous les employés de maison, à l’instar de l’AMO ou de tout autre produit adapté.
La santé est un capital qui s’use avec le temps et un jour la vieillesse nous rattrape. Là, il serait important de ne pas oublier que ces gens-là vieillissent aussi ; et qu’un jour ils pourront demander de rendre leur tablier et d’aspirer à des vacances prolongées méritées. La retraite ne peut rester un vœu pieux pour ces dernières. Cela doit être un droit, à l’instar de ce qui se passe pour les autres travailleurs.
Et, là, il faut que les patrons soient socialement responsables et trouvent normal de donner une couverture sociale et une retraite aux gens qui les servent, souvent toute leur vie.
Nous ne pouvons pas accepter de laisser ces ex-salariées, une fois vieilles, tendre la main pour survivre; alors que toute leur vie elles ont défendu le droit au travail et condamné l’oisiveté, jugée à juste titre comme étant une tare.
Aidons-les à retrouver une dignité, cela ne nous coûtera pas plus cher que les emplettes effectuées pour fêter le Nouvel An. Partageons avec ces salariées, qui sont devenues des membres de la famille. Elles côtoient notre abondance et élèvent nos enfants mais restent en marge de l’essentiel. Un peu de considération et la reconnaissance de leur statut donneront aux employées de maison l’envie de travailler et de croire au changement, qui se fera avec elles.
Rattrapons le temps perdu et osons. 2005 ne doit pas être qu’une nouvelle année, mais celle des employées de maison. Méditons cet adage : «Soyons égoïstes partageons !».