On ne perturbe pas une audience sans conséquence

Elle, vociférant, son document à la main, face aux deux fonctionnaires, dont le rôle est d’abord de protéger les magistrats de toute agression physique. L’appariteur l’agrippe par le bras, déclenchant alors une véritable crise d’hystérie chez la dame, qui hurle qu’on ne doit pas la toucher, que personne n’a le droit de porter la main sur elle, avançant un curieux argument, à savoir vous êtes des hommes, donc, ne touchez pas une femme. Argument très discutable en matière de maintien de l’ordre.

La fin des vacances. Mais si la période estivale est, pour certains, une occasion pour le farniente, pour d’autres, le travail n’arrête pas, comme certaines Chambres du tribunal de Casablanca qui doivent répondre aux sollicitations des citoyens, même en période estivale. Parmi celles-ci, la Chambre correctionnelle et celle des flagrants délits. Car pour les voleurs, pickpockets et autres délinquants primaires, l’été représente souvent… ce qu’on pourrait appeler la haute saison. Avec parfois des scènes étonnantes, comme celle qu’a vécue cette Chambre, en plein mois d’août. Un jour, l’audience devait se pencher sur un dossier classique, mais épineux. Il s’agissait de ces histoires complexes concernant le droit foncier, où il est question d’appropriation illégale, d’arpents de terre ardemment disputés, de rivalités entre voisins, de droit de passage, et tout un ensemble de choses très complexes, comme tout ce qui a trait à l’agraire et au foncier. A la barre, trois prévenus essayaient, tant bien que mal, d’exprimer leurs avis à la Cour. Explications embarrassées, confuses, dans un vocabulaire heurté. Les gens de la campagne ne sont pas des gens du verbe, et leur vocabulaire, mêlé de patois local, est parfois difficile à comprendre en ville.

Le président gérait tout ça avec calme et doigté, et voilà qu’au milieu de l’audience une dame se lève, parmi les témoins convoqués, et conteste la déclaration de l’un des prévenus. Puis, elle sort de son sac un document affirmant qu’il s’agit d’une procuration lui permettant d’assister au débat en cours, au nom d’une dame absente. Elle s’avance vers la Cour, son document à la main et se voit intercepter par l’appariteur de service…qu’elle écarte d’un revers de main. Intervient alors un policier de faction, qui essaye à son tour de lui barrer le passage vers le président de l’audience. Mais rien n’y fait, et entre elle, d’un côté, l’appariteur et le policier, de l’autre, commence une curieuse algarade. Elle, vociférant, son document à la main, face aux deux fonctionnaires, dont le rôle est d’abord de protéger les magistrats de toute agression physique. L’appariteur l’agrippe par le bras, déclenchant alors une véritable crise d’hystérie chez la dame, qui hurle qu’on ne doit pas la toucher, que personne n’a le droit de porter la main sur elle, avançant un curieux argument, à savoir vous êtes des hommes, donc, ne touchez pas une femme. Argument très discutable en matière de maintien de l’ordre.

Cette étonnante scène induit plusieurs interrogations. La première consiste en la passivité du président de l’audience. Responsable de ce qui se passe dans la salle, il a à sa disposition quelques fonctionnaires de police, qu’il peut réquisitionner à tout moment pour maintenir l’ordre dans la salle. En l’espèce, il était comme au spectacle : il observait la dame vociférer dans sa salle, en venir aux mains avec les fonctionnaires – des comptes lui seront probablement réclamés en interne. Pire, au moment où la situation commençait à s’envenimer, et sans même annoncer que l’audience est suspendue, le voilà qui se lève brusquement, et d’un pas décidé, suivi de ses assesseurs, pour quitter la salle.

Fin de l’esclandre, avant que la dame en question, décidément très énervée, n’en remette une couche, affirmant que toutes les télés l’attendaient à la porte du tribunal et que son arrestation provoquerait un séisme diplomatique, se targuant de sa double nationalité franco-marocaine. Pour moins que cela, outrage à magistrat, bien des citoyens ont passé la nuit en garde-à-vue. Raison pour laquelle sans doute, même le procureur, d’habitude si tranchant, est resté curieusement calme et discret. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la justice parvient toujours à ses fins, et quelques jours plus tard, la dame était interpellée …à l’aéroport d’Agadir, au moment où elle s’apprêtait à s’envoler pour l’Europe. Le procès aura lieu en octobre prochain !