Objectif 7 septembre : revaloriser le travail

Les hommes politiques devraient réfléchir à  un sujet qui n’apparaît guère dans leur discours : comment se répartit le produit intérieur brut entre les revenus du travail et ceux du capital et comment ce rapport évolue-t-il ?
On pourrait alors définir comme une société authentiquement de gauche celle où la part du travail augmente plus que celle du capital ; et comme une société de droite celle où ce serait l’inverse.

La date tant attendue a été annoncée publiquement. Le 7 du mois de septembre le citoyen marocain sera convié à exprimer ses choix pour une nouvelle législature. Il s’interroge : sanctionnera-t-il les gestionnaires actuels ou reconduira-t-il cette alliance hétéroclite qui nous gouverne ? En qui placer sa confiance et pour quelle politique économique? A l’approche des échéances décisives, on peut aborder la question de deux manières. Selon une approche simpliste, on peut souhaiter soit privilégier la production de la richesse et la réduction des impôts parce qu’on s’adresse à une clientèle de droite, soit favoriser le partage inconditionnel des ressources, sans même s’interroger sur les conditions de la production de ces ressources, parce qu’on s’adresse à une clientèle de gauche. En privilégiant une approche stratégique, on peut définir les objectifs poursuivis et les contraintes qui s’imposent à nous, et en déduire les décisions à prendre pour construire notre avenir, au lieu de le subir. La seconde approche est préférable car elle seule permet de réellement construire l’avenir sans buter entre le réel et les préjugés.

A la veille de chaque grand rendez-vous électoral, les candidats à la gestion de la chose publique entonnent l’éternel rengaine : «Il faut faire preuve d’imagination». Déjà dans les états-majors politiques on s’interroge sur comment mobiliser un électorat timoré, aseptisé par la pensée unique, embrouillé par la confusion des rôles et la dilution des responsabilités. On s’ingénie à confectionner un nouveau catalogue de mesures : cent pour les uns, deux cents pour les autres, cinquante pour les plus branchés sur les techniques du marketing politique. On s’efforce de relooker de vieilles recettes, de dépoussiérer des propositions qui jaunissent dans les tiroirs des bureaux. Mais à quoi bon faire l’éloge de l’imagination si l’on n’en montre pas soi-même dans l’élaboration des programmes ? L’imagination efficace consiste à aller à l’essentiel. Les hommes politiques devraient réfléchir à un sujet qui n’apparaît guère dans leur discours : comment se répartit le produit intérieur brut entre les revenus du travail et ceux du capital et comment ce rapport évolue-t-il ? La réponse nous apprendrait beaucoup. On pourrait définir comme une société authentiquement de gauche celle où la part du travail augmente plus que celle du capital ; et comme une société de droite, celle où ce serait l’inverse. Le critère est simple, clair, décisif. Il permettrait de définir sans ambiguïté comment une société évolue. Et le fait de se fixer l’un ou l’autre but serait caractéristique de la nature d’un parti politique. A supposer qu’un parti ose déclarer publiquement qu’il désire augmenter la part du capital.

Actuellement, l’économie marocaine ressemble à une voiture dont les roues de droite tourneraient plus vite que les roues de gauche. Ce n’est pas bon. La principale revendication qui s’impose donc est la revalorisation de la part du travail dans la richesse produite. Il ne fait guère de doute que valoriser le travail, c’est valoriser l’effort et tout ce que cet effort implique de qualités. Non pas pour inciter les hommes à travailler plus mais pour accorder le juste prix à l’effort fourni. Peut-être diminuerait-on les réticences que susciterait cette préconisation en prouvant que revaloriser le travail n’est pas seulement conforme au respect des valeurs et à l’équilibre des hommes et des femmes, mais aussi à l’efficacité économique.

L’objectif principal de toute politique économique n’est-il pas d’atteindre une croissance durable favorisant la recherche de la performance, dans le respect de notre environnement et des équilibres sociaux entre les générations et entre les principales catégories sociales : villes/campagnes ; classes populaires/classes moyennes et détenteurs de patrimoine ; éduqués/non éduqués ; rentiers/preneurs de risques. Or, la croissance économique exige un progrès parallèle de l’investissement et de la consommation. Et les consommateurs, ce sont dans une large mesure ceux qui travaillent. On ne saurait pas plus garantir une croissance durable par une politique unilatérale de l’investissement que par une augmentation unilatérale des salaires. Mais la première condition d’une croissance soutenue consiste sans doute dans la constance du rapport « revenu du travail/revenus du capital»