Obama, le nouveau rêve américain

Quand on sait qu’Obama a dénoncé sans ambiguïté la guerre en Irak, qu’il a été de tous les combats de gauche (peine de mort, avortement, justice sociale, etc.), défendant la cause des Noirs, des pauvres, des gays, des étudiants, et que ses inspirateurs sont Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, on ne peut que prier très fort pour que son rêve aboutisse.

Et si cela se réalisait ? Et si, après huit ans de cauchemar néo-conservateur à  la Maison Blanche, l’Amérique se remettait à  nous faire rêver ? A redevenir ce monde de tous les possibles. Surgissant de nulle part, un homme aujourd’hui lui redessine un avenir aux couleurs de ses idéaux d’antan. Il lui dit qu’elle peut recommencer à  croire en l’espoir. Et il le fait en sachant ce dont il parle, puisque sa vie est l’illustration parfaite de ce que l’acte d’espérer permet de réaliser. Qui, en effet, aurait pu imaginer qu’un Afro-Américain, né d’une amourette estudiantine entre un Luo du Kenya, «noir comme du charbon», et une femme du Kansas, «blanche comme du lait», comme il les décrit lui-même, serait là  à  briguer l’investiture du Parti démocrate pour l’élection présidentielle de 2008 ? Qui plus est, avec de sérieuses chances de devenir le premier président noir des Etats-Unis. Hier encore, un Noir ne pouvait pas emprunter le même bus qu’un Blanc, la loi en faisant explicitement un humain de seconde catégorie. Des hommes cagoulés le terrorisaient en dressant des croix enflammées sous ses fenêtres pendant que les bonnes âmes détournaient le regard. Un homme de couleur à  la tête des USA, même à  Hollywood, aucun scénariste ne s’était jamais aventuré à  proposer une telle histoire. Or, ce scénario-là , Barack Obama le construit, séquence après séquence, sous les yeux d’une nation subjuguée par autant d’audace et de foi en soi.

Les USA sont entrés en campagne électorale pour les présidentielles de 2008 le 3 janvier avec le démarrage des primaires. Celles-ci vont durer jusqu’en juin et permettre la désignation par chaque parti de celui qui portera ses couleurs. Chez les démocrates, après qu’un troisième ait jeté l’éponge, deux candidats restent en lice : Hillary Clinton, l’ex-First Lady et Barack Obama, 47 ans, inconnu du grand public il y a peu.

Si, comme le bilan désastreux de la présidence de Bush le laisse envisager, le Parti démocrate remporte les élections présidentielles de 2008, le prochain président américain sera ou une femme ou un Noir. Dans une éventualité comme dans l’autre, ce serait une extraordinaire première qui traduirait une véritable révolution des mentalités dans un pays marqué ces dernières années par le conservatisme sous toutes ses formes et la domination des Wasp*.

Prenons le premier cas de figure, celui de l’élection de Hillary Clinton. Ce serait le moins détonnant en raison de l’appartenance de cette dernière à  l’establishment politique depuis fort longtemps. Il reste que c’est une femme et cela n’est pas rien quand on sait les siècles d’assujettissement patriarcal au détriment du sexe dit faible. En outre, cette femme n’est pas n’importe quelle femme. Comme n’importe quelle autre, oui, elle a connu la douleur d’être trompée par son mari mais, cette souffrance, il lui a fallu la vivre en live sous le regard du monde entier. En elle, des millions de celles qui ont eu à  connaà®tre pareille expérience se sont reconnues, et de la voir, là  o๠elle est aujourd’hui, à  briguer le poste politique le plus puissant du monde constitue pour toutes les femmes une formidable revanche. Et un formidable message d’espoir. Mais le plus fort, le plus symboliquement fabuleux serait la victoire de son concurrent. Dans le pays de La Case de l’oncle Tom, là  oà¹, pour le seul crime d’être noir, des hommes ont connu la cravache quand ils ne sont pas morts sous les fers, un Barack Obama dans le bureau oval, il n’y aurait pas de mot pour dire l’extraordinaire d’une telle rupture avec le passé. Par son profil, cet homme réunit tous les impossibles. Il est non seulement «de couleur» mais, jusqu’à  19 ans, il vit en dehors des USA, petit citoyen du monde qui naà®t à  Honolulu (Hawaà¯), grandit à  Djakarta (Indonésie), avec une famille paternelle au Kenya et maternelle dans le Kansas. Il est l’antithèse de la race pure et de cette identité lisse dont on raffole tant sous nos cieux. S’il doit à  son père d’avoir, coulant dans ses veines, le sang du continent noir, il porte en lui dans le même temps l’héritage génétique de l’Amérique des origines : descendante de Jefferson Davis (le président des Etats confédérés d’Amérique lors de la Guerre de Sécession), sa mère affiche en effet des racines cherokee. Ayant grandi sans religion, Barack Obama se convertit une fois adulte au christianisme. Mais son second nom, du fait de ses origines kenyanes, est Hussein, ce que ses adversaires ne manquent pas de mettre en avant, allant, pour les plus féroces, jusqu’à  faire rimer Obama avec Oussama. Bref, cet homme personnifie la mixité ethnique dans ce qu’elle a de plus éclaté et son élection signifierait la renaissance du rêve américain d’une société égalitaire et multiraciale. Quand s’ajoute à  tout cela le fait que l’homme, politiquement, a dénoncé sans ambiguà¯té la guerre en Irak, qu’il a été de tous les combats de gauche (peine de mort, avortement, justice sociale, etc.), défendant la cause des Noirs, des pauvres, des gays, des étudiants, et que ses inspirateurs sont Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, on ne peut que prier très fort pour que son rêve aboutisse. Alors, nous tous, et non juste l’Amérique, pourrons nous remettre à  espérer.