Ni ange, ni bête

Le reportage concocté, l’autre semaine, par « France 24 », sur les migrants africains subsahariens au Maroc, a choqué les bonnes consciences, tout en écornant le mythe de contrée hospitalière qui accompagne telle une bonne ombre notre pays.

Le reportage concocté, l’autre semaine, par «France 24», sur les migrants africains subsahariens au Maroc, a choqué les bonnes consciences, tout en écornant le mythe de contrée hospitalière qui accompagne telle une bonne ombre notre pays. Les témoins se sont complaisamment étendus sur l’état de déchéance dans laquelle nous les faisons vivre, sans compter l’exploitation sexuelle et l’exploitation tout court, d’autant qu’ils sont généralement clandestins, donc des proies commodes pour tous les appétits. Si le portrait ainsi dressé du Maroc paraît sciemment exagéré, le reportage nous pousse à prendre en compte la situation authentique des immigrés dans notre pays, et partant à bousculer un tabou tenace. En réalité, nous disposons insuffisamment d’emplois et de logements, nos finances sont loin d’être prospères et certains ne mangent pas à leur faim, alors nous ne sommes pas en mesure d’accueillir «toute la misère du monde», comme disait Michel Rocard en 1990, ce qui ne nous empêcherait pas de prendre notre part dans l’aide internationale. Au lieu de se voiler la face, nier la vérité, par charité mal ordonnée ou mépris honteux, il est temps de prendre le taureau par les cornes et se montrer humain. Ni ange, ni bête, mais humain.