Nécessité du vide

Il ne fait aucun doute que la vraie subversion consiste à  aller à  l’encontre de son temps.

Il ne fait aucun doute que la vraie subversion consiste à aller à l’encontre de son temps. Comme il me semble que le monde vit et pense – dans la mesure où il reste encore de la pensée – complètement à l’envers, c’est en retournant les choses qu’on va peut-être retrouver comment les faire à l’endroit. Le discours dominant actuellement est navrant, donc il faut chercher ailleurs. Il est certain que le silence et la lenteur sont des notions tout à fait écrasées de nos jours. J’observe même que les gens parlent et rient de plus en plus fort, comme pour entretenir l’illusion d’une forme de bonheur artificielle, et inexistante, en fait. D’évidence, tout ce qui n’est pas dit, tout ce qui est suggéré par ce qui est dit, revêt une extrême importance. C’est ce que Nathalie Sarraute a si bien formulé : «Les mots servent à libérer une matière silencieuse qui est bien plus vaste que les mots». Et pour que puisse se condenser cette force silencieuse, pour que les images se forment dans l’imaginaire, il faut du vide… et de la lenteur. Au vrai, rien de tel, pour mener une vie humaine, qu’un destin à la Robinson Crusoé, ce héros sorti de l’imagination du Britannique Daniel Defoe, échoué sur une île déserte « sans autrui ».