Ne fais pas du bien, tu ne t’en porteras que mieux ! -suite-

Une affaire similaire avait, il y a quelques années, défrayé la chronique, et présentait quelques points communs avec le cas de Driss T. : il s’agit de l’affaire « Bamberksi », qui souleva de nombreuses interrogations dans trois pays : la France, l’Allemagne et l’Autriche.

Dans la précédente chronique, je relatais la mésaventure survenue à Driss T., lequel voulant aider un ami, «arrêta» son débiteur indélicat, le livra à la police… et se retrouva enfermé pour enlèvement et séquestration.

Une affaire similaire avait, il y a quelques années, défrayé la chronique, et présentait quelques points communs avec le cas de Driss T. : il s’agit de l’affaire «Bamberksi» qui souleva de nombreuses interrogations dans trois pays : la France, l’Allemagne et l’Autriche. Rappel des faits.

En 1982, une adolescente de quinze ans est retrouvée morte au domicile de son beau-père, M. Krombach, médecin, chez qui elle passait ses vacances en Allemagne. Les différentes analyses légales furent conduites rapidement (et superficiellement), et conclurent à un banal cas d’insolation. L’affaire est  alors classée dans ce pays. Sauf que le père génétique de la jeune fille, M. Bambersky, n’était pas convaincu de cette thèse, persuadé que sa fille (pour une raison ou une autre) avait été assassinée. Le corps de la défunte est alors exhumé, autopsié, en France cette fois. Les médecins légistes constatant quelques anomalies, un tribunal français décide de poursuivre M. Krombach pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Etant absent lors de ce procès, il est donc condamné à quinze ans de réclusion criminelle en… 1993 ! Bien qu’un mandat d’arrêt international ait été émis contre lui, le “brave” monsieur circulera sans problèmes en Europe, et notamment en Autriche sans être inquiété. Et de surcroît, suite à ses dénégations vigoureuses, il obtient de la Cour européenne de justice la condamnation de la France (à lui verser des dommages et intérêts) pour l’avoir condamné, par contumace, en France, pour des faits commis en Allemagne, où il avait bénéficié d’un non-lieu.

L’imbroglio juridique est total, les juristes s’empoignent pendant que le bon docteur coule des jours paisibles dans sa Bavière natale.

Bon docteur ? Les années passant, d’étranges rumeurs circulent sur son compte : on apprend ainsi pêle-mêle que le praticien a aussi été condamné pour viol dans une affaire, puis pour escroquerie dans une autre, et enfin pour pratique illégale de la médecine…, ce qui ternit sa réputation d’honnête homme, mais il n’en a cure.

Les années passent, le père de la victime n’en démord pas : sa fille a été assassinée, et son meurtrier doit répondre de cet acte criminel, être condamné et enfermé. Mais l’Europe de cette époque a d’autres soucis ! Après la chute du Mur de Berlin, c’est enfin la réunification tant espérée par tout un peuple depuis des décennies ; l’heure est à la consolidation du nouvel Etat, avec l’aide des voisins européens, dont la France, allié incontournable, car voisin et frontalier. Les appels et récriminations de Bambersky ne recueillent aucun écho, l’affaire s’enlise, l’oubli fait son œuvre, et le temps passe…

Arrivent les années 2000, et le père de la victime n’a toujours pas fait son deuil, horripilé par l’existence paisible que mène le meurtrier (selon lui) de sa fille. Mais en 2009, apprenant que M. Krombach réside non loin de la frontière française, il engage deux truands qui se rendent en Allemagne, assomment Krombach, le ramènent en France, le déposent, ligoté, devant le palais de justice de Mulhouse (France), préviennent la police par un appel anonyme avant de disparaître dans la nature.

Il sera condamné en 2012 à quinze ans de réclusion criminelle (il a alors plus de 70 ans). Il s’est, depuis, pourvu en cassation… Cependant, le procès de M. Bambersky, lui, est prévu pour fin 2013 : il est poursuivi pour  enlèvement et séquestration de M. Krombach, pour complicité de violences ainsi que pour association de malfaiteurs.

Entre-temps, le débat fait rage des deux côtés du Rhin, les opinions publiques allemande et française ne partageant pas le même point de vue sur le dossier. Pour les uns, justice est faite ; pour les autres, on ne saurait se substituer à l’appareil judiciaire pour assouvir une vengeance personnelle. Pour d’autres, enfin, les faits remontent à plus de trente ans, les protagonistes sont tous deux septuagénaires : pourquoi ne pas leur f… la paix, et passer à autre chose ?
Tout le landernau judiciaire franco-allemand attend avec curiosité et impatience le dénouement de l’affaire… Alors que, chez nous, le cas de Driss T. a été réglé en deux temps, trois mouvements !