N’allez surtout pas chercher ce formulaire de constat amiable !

La voiture de M.X. effleure légèrement une voiture. Aucun dégà¢t à  constater. cependant, il propose à  la conductrice de l’autre véhicule de rédiger un constat amiable. Il va chercher un imprimé et quand il revient il ne trouve personne. quelques jours plus tard, il est accusé de délit de fuite !

Monsieur X est médecin de son état. Durant plus de cinquante ans, il a exercé son métier avec passion et dévouement et, très bientôt, l’heure d’une paisible retraite arrivera. Tout ceci pour dire que M. X est un honnête homme, calme, pondéré et sage qui, cependant, va se retrouver embarqué, bien malgré lui, dans une aventure
rocambolesque.

Tout commence un soir par un banal accrochage dans un rond-point : sa voiture a légèrement effleuré un autre véhicule, et voici que la conductrice dudit véhicule arrive en criant, vociférant, l’accusant d’avoir voulu la tuer, elle et ses enfants. M. X resta calme, et, constatant l’inexistence de dégâts, aussi bien matériels que physiques, proposa de rédiger un constat amiable, poussant l’amabilité jusqu’à aller ramener un imprimé, puisque aucune des parties ne disposait de ce document. Le voilà donc parti (en voiture) à la recherche d’un constat amiable, se retrouvant englué dans d’inextricables embouteillages, ne revenant sur les lieux qu’au bout d’une demi-heure environ, pour constater que l’autre voiture avait disparu.

Trois semaines plus tard, convoqué par la police, il apprend que le parquet le poursuit pour défaut de maîtrise, blessures involontaires … et délit de fuite, suite à une plainte déposée par la conductrice ! M. X s’explique, relate les faits et convainc sans peine les policiers, que vu son âge, sa notoriété et son expérience dans la vie, il n’est pas homme à fuir devant ses responsabilités, et surtout s’agissant d’un cas (à ses yeux), aussi bénin. Certes, admettent complaisamment les policiers, mais il faudra venir dire tout ça au procureur. Et les voilà partis pour le tribunal, où, une fois arrivés, les gentils policiers remettent M. X à leurs collègues sur place, et disparaissent.

Fini la complaisance : M. X est placé dans une salle d’attente au milieu de délinquants divers qui attendent leur audition par le parquet. Il suffoque, il est pris de malaise et veut sortir respirer un bol d’air frais. Pas question rétorquent les agents en faction : «Ici, ce n’est pas un café ; ici on s’assied, on se tait et on attend !». Un billet de cent dirhams débloquera la situation, mais il en faudra quatre autres pour tenir entre 9h30 et 13h30, heure où notre médecin sera enfin entendu, durant trois brèves minutes, à l’issue desquelles le procureur abandonne le délit de fuite, mais renvoie M. X devant un tribunal pour les autres poursuites.

Première audience donc à Ain Sebaâ : M. X est dans la salle d’audience ; à l’appel de son nom, il se présente au juge, qui renvoie l’affaire à quinzaine suite à une demande de l’assureur.

Deuxième audience, rebelote. Le prévenu est bien là, mais pas le greffier, suite à un mouvement de grève. Au bout de deux heures d’attente, un fonctionnaire vient prévenir le public et les avocats que l’audience est reportée d’un mois cette fois.  M. X, pourtant placide, commence à s’énerver.

Troisième audience. Cette fois, tout le monde est là : le juge, le procureur, le greffier, M. X et son avocat, ainsi que le défenseur de l’assureur. Mais si le juge et le greffier ont bien une pile de dossiers devant eux, on constate que le procureur lui n’a rien devant lui. Et au bout de quelques instants de flottement, il finit par admettre que son greffier, malade (ou en grève, on ne sait plus très bien), ne lui a guère préparé l’audience du jour, et qu’il se voit donc contraint d’en demander le report. M. X commence à la trouver saumâtre, mais son avocat le raisonne.

Quatrième audience : rebelote, les mêmes sont là, les dossiers sont présents, l’audience peut commencer. Au bout d’une heure, on aborde l’examen du dossier 14 234, expédié en quelques minutes, puis on enchaîne avec le dossier n° 14 236, puis 237, 238…
L’avocat de M. X interpelle alors la Cour : «Heuuu, et le n°14235, il est où ?».
Le greffier plonge le nez dans ses papiers, embarras du président, coups d’œil vers le procureur qui observe minutieusement une mouche voler et enfin le magistrat déclare : «Vous savez ce que c’est, Maître, avec toutes ces grèves, ces reports, on finit forcément par égarer certains dossiers!».

Affaire renvoyée, sans en préciser la date, mais, d’ores et déjà, M. X envisage de ne plus se déplacer pour rien, et porte désormais un jugement plutôt négatif sur tout l’appareil judiciaire !