Moharram

Outre le premier jour , le mois de Moharram compte plusieurs autres dates importantes de l’histoire musulmane. Le 9e jour est jeûné par les ascètes chiites, le 10e, c’est Achoura, vécue différemment selon qu’on soit sunnite ou chiite, dans la joie et la liesse pour les premiers, dans le deuil et l’affliction pour les seconds. Le 16e jour correspond à  celui de la désignation d’Al Qods comme «qibla», et le 17e, jour celui de l’arrivée des «gens de l’éléphant»

B ien qu’avec une énergie relative, les SMS se sont à nouveau activés vendredi dernier, 1er Moharram. Messages et appels téléphoniques se sont échangés entre familles et amis pour se souhaiter Sana saïda. Mais il n’y a pas eu saturation de réseau, d’explosion des communications comme pour les autres aïds. A part le fait qu’il soit férié, ce jour-là a ressemblé à peu de choses près aux autres jours. Sans faste ni célébration particulièrement marquée. Juste ces Sana saïda et ces «bonne année» échangés, sauf pour les plus pieux, un peu formellement, comme pour remplir le champ avant  la déferlante de la semaine prochaine, celle dont l’objet sera l’autre Nouvel An, celui de l’année solaire. 
Vendredi dernier a donc été célébré au Maroc, à l’instar de l’ensemble du monde musulman, le 1er Moharram 1431, premier jour de l’année hégirienne. Ce jour-là, opérant son exode de la Mecque, le Prophète Mohammed avait fait son entrée à Médine, accueilli, selon la tradition musulmane, dans la joie et l’allégresse par les habitants de cette ville. Cet événement marque la naissance de la cité musulmane et, avec elle, la transformation de l’Islam en religion universelle.

Aussi est-ce cette date qui a été choisie pour faire démarrer le calendrier musulman. Cependant, au-delà du 1er, c’est tout le mois de Moharram qui bénéficie d’un statut particulier, posé par le Coran comme l’un des quatre mois sacrés de l’Islam. En cela, s’est vue reconduite la tradition arabe antéislamique à laquelle il doit son nom de Moharram. En effet, bien avant l’avènement de l’Islam, cette période de l’année était celle au cours de laquelle la guerre devenait «haram», les tribus étant tenues d’observer une trêve dans les combats durant tout le mois. Sans doute est-ce là, peut-être, l’une des raisons pour laquelle le Prophète et ses compagnons le choisirent pour entreprendre leur exode.
Outre le premier jour, le mois de Moharram compte plusieurs autres dates importantes de l’histoire musulmane. Le 9e jour est jeûné par les ascètes chiites, le 10e, c’est Achoura, vécue différemment selon qu’on soit sunnite ou chiite, dans la joie et la liesse pour les premiers, dans le deuil et l’affliction pour les seconds. Le 16e jour correspond à celui de la désignation d’Al Qods comme qibla et le 17e celui de l’arrivée des «gens de l’éléphant». Cependant de tous ces événements, c’est le 1er qui est considéré comme le plus important, celui qui est donné comme jour férié. Pourtant, à côté d’un Aïd Al Adha ou d’un Aïd Al fitr, fateh Moharram a des allures de parent pauvre. Dix jours plus tard, une autre célébration lui fait une ombre absolue, Achoura, qui, pour tous les petits musulmans, résonne comme le vrai aïd, celui où l’on vous gâte en jouets et en bonbons et lors duquel on fait vraiment la fête. Dans mes propres souvenirs, le 1er Moharram ne renvoie à rien de particulier. Autant Aïd Al Adha et Aïd Al Fitr ont marqué mon enfance, l’un en raison de ce pauvre mouton qu’on égorge, l’autre parce que c’est le bonheur du retour à la vie normale après trente jours de jeûne, autant le 1er Moharram ne m’a jamais marquée. A la différence, Achoura, c’était du rire et des farces avec ce moment formidablement ludique de «chouâala», ce feu de joie dans lequel on balançait toutes les vieilleries de la maison et lors duquel même les adultes redevenaient des enfants. Or, il se ressent de plus en plus comme un désir diffus de faire de ce «fateh Moharram» un Nouvel An à la manière de l’autre, de celui pour lequel les vitrines des magasins s’habillent de lumière et les restaurants et les hôtels affichent complet. Et lors duquel, pour la circonstance, le réseau téléphonique explose à l’approche des douze coups de minuit. On vous le rappelle d’ailleurs en vous disant que c’est ça notre Nouvel An à nous autres musulmans. Soit, mais pourquoi vouloir le plaquer sur l’autre, le traiter à la manière de l’autre ? Si, traditionnellement, ce Nouvel An musulman faisait l’objet d’une célébration marquée, celle-ci s’imposerait d’elle-même. Or, ce n’est pas le cas. Alors laissons-le à sa sobriété et cessons de vouloir, à chaque occasion, affirmer et souligner notre différence … tout en plongeant tête baissée dans l’imitation. Ce qui est à nous est à nous, ce qui est aux autres est aux autres, sauf qu’il peut devenir nôtre sans que nous ne devenions obligatoirement autres !

Aussi, à toutes et à tous,  bonne année, qu’elle soit celle de la lune ou du soleil !