Mise à  niveau religieuse ou mise à  niveau séculière ?

Pour combattre l’idéologie de fermeture, il faut une idéologie d’ouverture, une idéologie véhiculant des valeurs de progrès, d’acceptation
de la différence, de liberté, de respect de l’autre… Ces imams, plutôt que
de les renvoyer à  l’école de la charia, ne faudra-t-il pas aussi – en parallèle
peut-être – leur dispenser une formation «sécularisante» qui ouvrira
leur esprit à  la pluralité du monde et des humains qui le composent.

Une somme de 145 MDH, c’est l’enveloppe budgétaire,  au titre de l’année 2009, que le ministère des habous et des affaires religieuses vient de débloquer pour une remise à niveau de 42 000 imams à travers le Royaume. Cette opération pilotée par 1 530 oulémas vise à renforcer la formation et à améliorer la situation sociale de ces préposés religieux. A ce titre, une mensualité de 800 DH est désormais allouée aux imams de seconde catégorie. Cette somme vient s’ajouter aux 600 DH en moyenne qu’ils reçoivent d’autres sources (commune, bienfaiteurs, associations). Le tout fait donc 1 400 DH par mois. Un léger mieux par rapport à ce qu’ils avaient jusque-là mais 1 400 DH, cela reste 1 400 DH. La faiblesse de ses revenus contraste avec le rôle social rempli par l’imam. De par sa mission de guide sur le chemin de la «juste voie», l’imam est un acteur central dans une société où la norme religieuse constitue le référent premier. Il est celui qui véhicule la bonne parole, celui dont les discours agissent sur  le comportement des fidèles assidus de la mosquée. Or, beaucoup trop souvent encore, l’instruction reçue par cet imam est sommaire, parfois à la limite de l’analphabétisme. Son appréhension du monde comme sa lecture de la religion s’en ressentent naturellement. Quant à ces limites intellectuelles se superpose la précarité sociale, on se retrouve là avec une proie facile pour le fondamentalisme religieux qui prolifère sur un terreau où tout contribue à le nourrir. La mise à niveau décrétée «en application des hautes instructions royales» vise en premier lieu à combattre cette idéologie par le renforcement des «défenses théologiques» du maillon faible de la chaîne religieuse. Le ministère des habous, Ahmed Toufiq, a déclaré, selon le communiqué de la MAP, qu’«en consécration de la politique de proximité dans le domaine religieux, il sera procédé au déploiement de l’encadrement religieux dans les villes et les campagnes afin de sensibiliser les citoyens, les orienter et lutter contre tous les errements de l’extrémisme». Pour ce faire, l’action de mise à niveau pilotée par les oulémas se fera «en matière de doctrine, de rite, de l’immamat, de l’enseignement du Coran, de la prédication et de la valorisation du rôle social de la mosquée». Bref, on reprend en main la formation des imams de manière à ce que ces derniers deviennent ceux qui vont protéger les citoyens «des errements de l’extrémisme». Louable intention que cela mais l’approche doctrinale préconisée est-elle véritablement la plus appropriée? Ou, du moins, est-elle suffisante? Suffira-t-il en effet de renforcer le background théologique de ces préposés pour les immuniser contre le radicalisme religieux ? Avant de se transformer en «protecteurs» des citoyens, faudrait-il encore qu’eux-mêmes soient protégés ! Le problème, on le sait, ne réside pas uniquement dans la méconnaissance du corpus religieux mais dans la lecture qui en est faite. On remonte donc encore un peu plus haut et on pose la question par rapport aux oulémas également: ces pilotes désignés de la mise à niveau en question, qu’en est-il de leur interprétation des textes ? Ont-ils de leur côté été l’objet, eux-aussi, d’une mise à niveau, non pas théologique mais idéologique ? Car, là, ne craignons pas les mots, nous sommes non dans le religieux mais dans l’idéologique. Pour combattre l’idéologie de fermeture, il faut une idéologie d’ouverture, une idéologie véhiculant des valeurs de progrès, d’acceptation de la différence, de liberté, de respect de l’autre… Ces imams, plutôt que de les renvoyer à l’école de la charia, ne faudra-t-il pas aussi – en parallèle peut-être – leur dispenser une formation «sécularisante» qui ouvrira leur esprit à la pluralité du monde et des humains qui le composent. A leurs professeurs aussi, cette mise à niveau-là ne serait pas inutile !