Médiocre pensée

Rituellement, le crépuscule de l’année est une saison propice à  la floraison de nourritures spirituelles..

Rituellement, le crépuscule de l’année est une saison propice à la floraison de nourritures spirituelles. Il y aurait tout lieu de s’en réjouir, si ces êtres en papier, aux titres alléchants, se révélaient d’agréable compagnie. Or, ils se découvrent immanquablement imbuvables, à cause de la piètre pensée qu’ils véhiculent pompeusement. Le niveau baisse, faut-il le redire ? La chute, qui affecte la pensée, touche, depuis quelques années déjà, le lien entre le public et les idées, cette zone difficile à cerner où la rumeur s’empare d’un titre ou d’un auteur et les transforme en reines. Aujourd’hui, les grosses ventes vont aux grandes bêtises couronnées de petites vertus. Comment a-t-on glissé, en une génération, du goût pour les utopies à la soupe fade des bons sentiments ? Pourquoi a-t-on quitté la pensée pour les poncifs ? De formules générales d’un vide confondant, les nouveaux moralistes, engoncés dans leur suffisance, parsèment leur discours. L’essentiel de leur apport est de rappeler que l’amour est un excellent sentiment, le mal une mauvaise chose, le bonheur une difficile contrée et tutti quanti. Pourquoi est-on venu à confondre de telles lapalissades avec une vraie pensée. Mystère, dont les clés semblent égarées, en même temps que preuve de notre basculement dans cette médiocrité qui barre la route aux hommes capables et qui pardonne tout, sauf le talent.