Mauvais procès

Des citoyens s’estiment « bernés » par le gouvernement Benkirane, lequel serait en train de « cramer » l’espoir.

Des citoyens s’estiment «bernés» par le gouvernement Benkirane, lequel serait en train de «cramer» l’espoir. Cette attitude, qu’on qualifiera de réprobation si on aime manier l’euphémisme, me paraît à la fois excessive et naïve. De fait, il est prématuré de porter un jugement, ni dans le sens du discrédit ni dans celui du satisfecit, sur un gouvernement qui vient à peine de franchir le cap des cent jours.

D’un autre côté, le procès intenté outrancièrement à Benkirane et consorts émane de ceux qui idéalisent la démocratie. A leurs yeux, un gouvernant doit être irréprochable, compétentionnellement et moralement. Il faut qu’ils se rendent à l’évidence, un tel article est rare dans notre magasin politique. Aux dernières législatives, les votants n’ont pas accordé leurs voix pour les candidats supposés parfaits, mais pour les moins imparfaits.

Du reste, le critère du choix n’était pas la compétence, mais la moralité. A cette aune, les islamistes ont pris démocratiquement le dessus. Pour en revenir au gouvernement, peu à peu se dessinent les contours de sa politique. Elle allie, pluralisme oblige, éthique de la responsabilité et celle des convictions. S’il est malvenu de grincer des dents au motif que le parti au pouvoir tente d’imposer ses valeurs, il y a lieu de s’inquiéter de ce que sa politique prenne une teinte funeste de moralisme. Gageons qu’il aura l’intelligence de substituer au moralisme une véritable morale politique. Ce qui fera taire ses contempteurs pressés de le lyncher.