Massacre au hachoir

Les dérives auxquelles conduit l’instrumentalisation de la religion à  des fins politiques desservent d’une façon de plus en plus dramatique l’islam et les musulmans. Hier à  Paris, aujourd’hui à  Londres et surtout, de manière constante en terre musulmane, le message divin est dénaturé par des individus obnubilés par le désir d’affirmer leur pouvoir sur les autres.

Chaque fois, c’est la même chose. On se dit que le stade suprême de la barbarie a été atteint et puis survient un nouveau crime, plus atroce que les précédents, qui rappelle que le pire est toujours à venir. N’eût été le mode opératoire, l’assassinat survenu le 22 mai dernier à Londres aurait fait l’objet d’une simple brève d’agence. Mais ces deux hommes qui, munis d’un hachoir et d’un couteau de boucher, poignardent sauvagement un soldat en plein cœur de la capitale puis, non contents de l’avoir tué, s’acharnent sur lui en essayant de le décapiter sous les yeux des badauds avant de se tourner vers une caméra amateur pour expliquer, les mains dégoulinantes de sang, les raisons de leur acte, cette scène-là est digne des pires films d’horreur. Sauf qu’il ne s’est pas agi de cinéma mais de réalité. Les auteurs de cette boucherie l’ont commise en hurlant «Allah Akbar». L’incantation du Très-Haut est une infamie. Sans être nécessairement pratiquant ou même croyant, on ne peut qu’être révulsé par une telle association. Une association qui, une nouvelle fois, salit le nom d’Allah à l’échelle du monde. Au cours de ce même joli mois de mai, une autre horreur avait révulsé les cœurs, ajoutant un peu plus d’eau au moulin de ceux qui, dans le monde occidental, s’évertuent à présenter les musulmans comme des barbares. Elle s’est déroulée en Syrie où un rebelle s’est fait filmer en train de brandir le cœur de son ennemi dans lequel il avait fait mine de mordre. Assassiner au hachoir, décapiter, manger le cœur de l’adversaire, on se croirait effectivement revenu à ces temps (que l’on croyait) révolus où aucune limite, morale ou juridique, ne retenait le bras vengeur, pas même le sens humain le plus élémentaire qui interdit la profanation d’un cadavre. La perte de tout sens humain, c’est effectivement contre cela qu’on bute à chaque fois ! Bien sûr, des crimes atroces, on en rencontre en permanence et sous toutes les latitudes. A cette différence près qu’ils ne sont pas commis et revendiqués «au nom de Dieu» ! Là, on est dans une régression qui nous renvoie plusieurs siècles en arrière, à ces temps, effectivement barbares, des guerres de religions. Et c’est cette régression qui affole, d’autant qu’elle va en s’accentuant.

Etrangement, mais est-ce si surprenant que cela, dans un article (Le Monde du 24 mai) consacré, dans la foulée de ce meurtre, au phénomène nouveau représenté par l’émergence de ces «loups solitaires» qui commettent des attaques terroristes en agissant seuls, le journaliste a rappelé l’assassinat en 2005 au Maroc d’un jeune français poignardé dans la médina de Fès par un homme hurlant «Allah Akbar». «La justice marocaine n’avait pas retenu le mobile terroriste, estimant que le coupable était fou». Mais la «folie» qui conduit à tuer un inconnu pour la simple raison qu’il personnifie la figure de l’ennemi, cette folie-là ne survient pas du néant. Elle résulte d’un endoctrinement dûment réfléchi dont l’impact sur des personnalités fragiles psychiquement conduit à ces passages à l’acte que l’on qualifie ensuite de «fous». Or si les auteurs de ces crimes peuvent paraître «fous», il n’en va pas de même des idéologues positionnés en arrière-plan et qui, par leurs prêches et leurs discours, poussent à commettre de tels forfaits.

Les dérives auxquelles conduit l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques desservent d’une façon de plus en plus dramatique l’islam et les musulmans. Hier à Paris, aujourd’hui à Londres et surtout, de manière constante en terre musulmane, le message divin est dénaturé par des individus obnubilés par le désir d’affirmer leur pouvoir sur les autres. Alors oui, à l’unisson et en solidarité avec cette jeune femme qui, pour l’avoir affirmé, vient d’être l’objet d’une lâche agression à Agadir, «la laïcité est la solution». La laïcité qui consiste non pas en l’athéisme comme ses ennemis veulent le faire croire mais en la séparation du religieux et du politique, la laïcité qui impose de respecter la foi ou les croyances de tous, la laïcité qui, surtout, interdit à quiconque de s’ériger en commandeur des consciences, la laïcité seule peut aider à prévenir de telles dérives. Et à faire que l’islam et les musulmans ne soient plus régulièrement salis par les crimes de pauvres hères dont on a colonisé l’esprit.