L’Union pour la Méditerranée : encore un «machin» ?

L’Union pour la Méditerranée devrait pouvoir prendre en considération certains retards structurels qui n’ont pas été suffisamment pris en compte dans le partenariat.
Certains de ces retards sensibles concernent
les infrastructures indispensables pour capter
pleinement les opportunités de l’ouverture.

A près moult négociations et ajustements, l’Union pour la Méditerranée (UPM) vient de voir le jour, en grande pompe. Pour que le projet puisse constituer un ancrage fort et crédible pour les pays qui y adhèrent, bien des conditions doivent être remplies.

Tout d’abord une offre de projets concrets significatifs avec un agenda de réalisation, des moyens humains et financiers, des mécanismes institutionnels de co-décision et un dispositif d’évaluation. Ensuite, l’impulsion d’une dynamique de convergence des niveaux de vie, d’un processus de germination de valeurs communes atteignables à moyen terme. Que le projet s’affirme respectueux des différences et des identités culturelles. Enfin, qu’il ne soit pas un duplicata ou un substitut de Barcelone. Autrement, il serait inutile, voire contre-productif.

Le processus de Barcelone avait pour premier objectif d’instaurer la paix dans la région. Cela fut un échec évident. Il est vrai que la situation était plus complexe que supposé et que l’Europe n’avait pas une influence géostratégique à la hauteur de cet enjeu.

Mais l’Euromed avait aussi d’autres objectifs, notamment celui de favoriser le développement économique par l’installation d’une zone de libre-échange et un programme d’aide (MEDA), d’aider au dialogue des cultures et à la mobilisation de la société civile. Parler d’échec du partenariat de Barcelone pour ce qui concerne ces points est inapproprié.

Les actifs du partenariat sont, en effet, importants : instauration d’un espace de dialogue euro-méditerraénen régulier ; transformation du positionnement des pays méditerranéens du Sud vis-à-vis de l’ouverture ; coopération en matière de sécurité, de trafics divers et de lutte contre le terrorisme. Néanmoins, les résultats n’ont pas été à la hauteur des ambitions affichées.

Ce qui impose à l’UPM des défis considérables. Si l’on ne considère que la situation économique actuelle de la région, quelques constatations s’imposent. La première est que les trajectoires de croissance de tous les pays partenaires méditerranéens, sans exception, sont insuffisantes pour permettre l’emploi des nouveaux arrivants sur le marché du travail.

La seconde est que, au lieu de se réduire, l’écart des revenus par tête entre, d’une part, les quinze de l’UE et les nouveaux membres et, d’autre part, les pays tiers méditerranéens s’est sensiblement accru. La troisième est que se crée ainsi une situation extrêmement dangereuse, dans la mesure où l’interdépendance matérielle qui lie les pays méditerranéens de l’Europe aux pays de la rive Sud représente moins de 5% de leur engagement international (flux commerciaux et investissements) alors que les proximités humaines et sociales (immigrés, risques de sécurité, etc.) sont de l’ordre de 15/20%. Enfin, l’UE réalise sur le bassin méditerranéen Sud des excédents commerciaux qu’elle ne réalise nulle part ailleurs dans le monde.

L’UPM devrait pouvoir prendre en considération certains retards structurels qui n’ont pas été suffisamment pris en compte dans le partenariat. Certains de ces retards sensibles concernent les infrastructures indispensables pour capter pleinement les opportunités de l’ouverture.

Une des fonctions importantes de l’UPM serait de promouvoir des projets d’infrastructures significatifs à destination régionale. C’est ce qui est annoncé avec force détails. On souhaite entamer le processus à partir d’une action centrée sur des secteurs clés d’envergure régionale, menée au sein de structures opérationnelles, travaillant au niveau de l’ensemble de la région méditerranéenne, suffisamment dotées, capables d’apprentissage et développant un véritable partenariat.

Il ne s’agit pas d’aller dès le départ dans la logique d’une union accomplie, mais vers une option plus limitée, évoquant la construction européenne qui a commencé avec le Plan Marshall et la CECA. Dans ce contexte, on considère qu’une UPM pourvue de moyens adaptés pourrait avoir une place complémentaire importante dans les dispositifs euroméditerranéens actuels. Le partenariat Euromed a été inclu depuis 2004 dans un dispositif plus large : la «Politique Européenne de Voisinage».

Il s’agit bien d’une politique européenne «à prendre ou à laisser» et non d’une politique définie conjointement. L’UPM va être dotée d’une structure institutionnelle propre. Le schéma retenu devrait offrir un cadre de dialogue politique «d’égal à égal» favorable à l’émergence d’un processus endogène et volontaire, visant un but commun et fonctionnant sur le mode de la codécision.

Un schéma qui ne se réduirait pas à une structure d’ingénierie de projets, aussi structurants soient-ils, mais plutôt un cadre de concertation sur une stratégie politique commune spécifique couvrant les quatre aspects que sont : la paix et la sécurité, l’économique et le social, la culture et la démocratie .