L’insertion des jeunes, une préoccupation

Deux priorités dans le domaine de l’éducation et de la formation : prévenir l’échec scolaire et améliorer l’employabilité des jeunes qui achèvent leurs études secondaires. On ne peut y parvenir qu’en réformant le système scolaire dans la perspective d’y instituer de nouvelles relations entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général…

La situation des jeu-nes, aujourd’hui, et leurs perspectives d’avenir constituent pour nous tous une préoccupation essentielle. Les raisons de s’en préoccuper sont manifestes : les taux de chômage ou de non-emploi sont élevés pour de nombreux jeunes, qui ont beaucoup de mal à prendre pied durablement sur le marché du travail. De nombreux jeunes quittent le système éducatif sans avoir acquis les qualifications ou les compétences dont ils auraient besoin dans l’économie et la société actuelles. De même, de nombreux jeunes, qui parviennent à s’insérer dans des activités, subissent les conditions de précarité dans l’emploi et leur accès à une véritable carrière n’est pas assuré.
Plusieurs observations s’imposent : les grandes tendances des performances des jeunes sur le marché du travail dessinent un tableau plutôt sombre. Le chômage des jeunes augmente. Un noyau dur de jeunes subit des périodes prolongées de chômage, interrompues occasionnellement par des périodes d’emploi à bas salaire. Ce noyau dur présente des handicaps multiples : ces jeunes sont souvent issus de familles pauvres, vivent dans des quartiers où le taux global de chômage est élevé et obtiennent généralement de mauvais résultats dans le système scolaire, qu’ils quittent souvent prématurément.
Les inégalités au sein de la population jeune, pour ce qui concerne aussi bien les perspectives d’emploi que les perspectives de gains, se sont nettement accentuées, surtout au détriment des jeunes ayant un faible niveau d’études. Un plus grand nombre de jeunes vivent dans des ménages où personne n’a d’emploi et cette proportion s’est accrue au cours de la dernière décennie.
On a placé beaucoup d’espoirs, dans un passé récent, dans les politiques actives du marché du travail, considérant que des politiques bien conçues et ciblées pourraient grandement aider les jeunes à risque. Les Assises de l’emploi, tenues en 1998 à Marrakech, avaient sérié une large panoplie de dispositifs pour aider les jeunes à risque. Certes, aucun de ces dispositifs n’était aisé à mettre en oeuvre… Les évaluations rigoureuses de leurs impacts restent trop rares. Le fait de devoir rendre des comptes ne fait pas encore partie de nos mœurs politiques. Il est encore souvent considéré comme une contrainte plutôt que comme un mécanisme de nature à permettre d’aller vers plus d’efficacité.
Les évaluations disponibles sur les actions mises en oeuvre sont assez décourageantes en ce sens que rares sont les dispositifs d’insertion dans l’emploi, ciblés sur les jeunes défavorisés, qui se soient traduits pour eux par des gains réels en termes d’emplois ou de revenus, après qu’ils sont sortis du dispositif. Aujourd’hui, nous savons combien il est difficile d’élaborer des politiques du marché du travail qui soient efficaces pour ce groupe. Mais ce bilan décevant n’est pas une raison pour renoncer. Il est fondamental de recueillir des informations sur les résultats obtenus et d’exploiter ces informations pour essayer d’atteindre de meilleures performances.
Naturellement, les impératifs de l’action publique ne changent pas d’un jour à l’autre. Il semble que de nouvelles initiatives vont être lancées. Dans cette perspective, des efforts coordonnés, associant, entre autres, les autorités chargées de l’enseignement, de la formation et du marché du travail, devraient être déployés. Deux priorités représentent les grands enjeux dans le domaine de l’éducation et de la formation : prévenir l’échec scolaire et améliorer l’employabilité des jeunes qui achèvent leurs études secondaires. On ne peut y parvenir qu’en réformant le système scolaire dans la perspective d’y instituer de nouvelles relations entre l’enseignement professionnel et l’enseignement général… Pour ce faire, il est nécessaire de redéfinir la place de la filière professionnelle au sein même du système d’enseignement. C’est un autre chantier annoncé mais qui attend son heure. Toutefois, il est irréaliste d’espérer une amélioration sensible de la situation des jeunes tant que le niveau global de chômage demeure élevé. Il faut donc concevoir et mettre en oeuvre des politiques qui permettent d’améliorer la situation générale du marché du travail