L’inquiétant déficit commercial

La compétitivité est une notion centrale. Elle est comparative : si un pays améliore de 5% sa productivité ou ses coûts de production, pendant que les autres gagnent 10%, sa compétitivité recule. Elle ne peut par ailleurs s’apprécier que sur une période assez longue – quelques années. Enfin, la compétitivité doit s’apprécier en valeur et non principalement en volume.

Le gouvernement s’inquiète de la situation de notre commerce extérieur… A un déficit croissant depuis belle lurette succède une très brusque détérioration qui plonge le solde dans un gouffre. On peut se consoler en observant que le Maroc ne fait pas exception. Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Espagne, la France sont plus déficitaires que nous.

Toutefois, ce signe négatif suggère une série de dysfonctionnements. Surtout que le contexte a changé : les revenus des MRE et les échanges de services ne fournissent plus l’excédent nécessaire pour le financement du déficit commercial. Cette «mauvaise surprise» trouve une explication dans deux causes : la hausse des prix de l’énergie et des matières premières et l’affaiblissement de la compétitivité de notre économie. La première de ces causes, qui n’explique qu’une partie du déficit, est exogène ; la deuxième nous est propre.

S’il faut donc relativiser l’importance de notre déficit extérieur, il n’en reste pas moins nécessaire d’en tirer les leçons. Pour faire face au cours du pétrole durablement élevé, il n’est qu’une politique à mener dans la durée : intensifier nos efforts de recherche et de développement sur les énergies de substitution, élever notre productivité énergétique, multiplier les économies d’énergie.

Quant aux prix internationaux des matières premières, le cycle va se retourner, mais cela ne garantira pas, pour autant, que les mauvais résultats iront en s’estompant. Le risque est grand que les chiffres du commerce extérieur n’amènent notre pays à s’apitoyer sur son sort dans la mondialisation, et à en tirer la conclusion qu’elle pose davantage de problèmes au Maroc qu’elle n’apporte de bénéfices.

Ce serait une erreur majeure. Remédier à ces déficits par des mesures protectionnistes, ouvertes ou dissimulées, nous est impossible – nos partenaires n’en voudraient pas – et serait de toute façon très dangereux.

Reste la question de notre compétitivité. On nous promet que d’ici 2010 les choses s’amélioreront. Par la montée en puissance du potentiel d’exportation des divers plans sectoriels. Cela signifie-t-il que notre pays aura, du même coup, terrassé les déficits extérieurs, sinon la contrainte extérieure ? L’affirmation serait imprudente. Certes, il n’est guère douteux que la réussite de ces plans va jouer un rôle positif dans ce rééquilibrage.

Cela ne devrait pas empêcher les soldes bruts de se dégrader à mesure que notre compétitivité s’érode.
Il ne faudrait tout de même pas que nos responsables se félicitent d’un déficit croissant, parce qu’il signifie une reprise de l’investissement, puis d’un retour à l’équilibre quand il signifie baisse de l’investissement…

Ces confusions montrent, à l’évidence, la nécessité d’approfondir l’approche de la compétitivité et donc de trouver un moyen simple de l’appréhender.
En premier lieu, la compétitivité ne peut être qu’une notion comparative : si un pays améliore de 5% sa productivité ou ses coûts de production, pendant que les autres gagnent 10%, sa compétitivité recule.

En second lieu, la compétitivité ne peut s’apprécier que sur une période relativement longue, disons quelques années. L’argument est d’ailleurs d’autant plus pertinent pour un pays manquant de production de biens d’équipement pour satisfaire les investisseurs, comme c’est le cas du Maroc.

En troisième lieu, la compétitivité doit s’apprécier en valeur et non principalement en volume. Autrement dit, si en abaissant de 10% les prix on augmente les quantités vendues de 1%, on pourra difficilement prétendre avoir fait une bonne affaire puisque le chiffre d’affaires aura baissé de 9%…

En quatrième et dernier lieu, la question centrale est d’identifier la multiplicité des causes, de surcroît interdépendantes, qui pèsent sur notre compétitivité globale, et d’identifier leur influence dans le recul des parts de marché.

Ayons le courage et la lucidité de reconnaître que nos handicaps à l’international se logent dans le pays et tiennent principalement à nos déséquilibres, les uns conjoncturels, les autres structurels : insuffisance de l’offre, coûts fixes élevés, rigidité des marchés, excès des réglementations, PME insuffisamment actives à l’international. Il est bien sûr souhaitable de s’attaquer à ces handicaps.