L’information économique une variable strategique

La gestion stratégique de l’information économique est devenue l’un des moteurs essentiels de la performance globale des entreprises et des nations. La mondialisation contraint les agents économiques à s’adapter aux nouveaux équilibres qui s’établissent entre concurrence et coopération. Désormais, la maîtrise de la compétition repose largement sur la capacité des entreprises à accéder aux informations stratégiques pour mieux anticiper les marchés à venir et les comportements des concurrents. L’observation comparée de la pratique dans les économies les plus compétitives fait apparaître que certains pays ont depuis longtemps développé des «systèmes d’intelligence économique» qui leur ont permis d’accroître leurs parts de marché. Ces systèmes reposent précisément sur une maîtrise collective de l’information ouverte par l’ensemble des acteurs économiques.

Chez nous, le dispositif national d’information économique demeure largement dominé par les initiatives publiques. Or, malgré la relative qualité de l’information et la diversité des flux d’informations, les entreprises sont confrontées à une offre publique encore trop dispersée, inadaptée à leurs besoins. De plus, son accès est souvent entravé par des règles de confidentialité. De fait, l’information de source administrative s’avère globalement mal adaptée aux nouveaux enjeux concurrentiels internationaux. Elle est très insuffisamment orientée sur l’état, la dynamique, les mutations des marchés extérieurs et sur les positions des concurrents.

Sur le plan interne, l’offre publique de données relatives aux marchés étrangers, quand elle existe, s’organise selon les sources de divers départements ministériels, tels ceux des Finances, de la Douane, de l’Industrie, des Affaires étrangères ou des organismes que sont Bank Al Maghrib ou le CMPE. Ces derniers fonctionnent selon leur propre logique administrative, qui rend la communication peu opérationnelle. Cette dispersion s’accentue lorsqu’il s’agit du dispositif de collecte et de diffusion de l’information à l’étranger. Différents réseaux, dont celui des ambassades, sont censés être mis en œuvre. Les délégations de l’Office du développement industriel (O.D.I) ou de l’Office du Tourisme, les représentations des banques nationales à l’étranger prennent en charge la fonction de collecte, mais chacune des administrations de tutelle ou de ces institutions a conçu ses missions selon ses propres normes. Dès lors, ces sources diversifiées fonctionnent sans réelle approche concertée et contribuent au déficit de cohérence des données recueillies. La mauvaise coordination des informations disponibles conduit à l’insuffisance d’informations élaborées, c’est à dire directement opérationnelles pour les entreprises. Le traitement des données recueillies ou disponibles n’alimente aucun réel système de pilotage qui permettrait en permanence d’évaluer les performances marocaines sur les marchés étrangers. Les analyses sont soit trop globales, soit très détaillées, elles n’intègrent aucun objectif commercial articulé sur l’offre marocaine.

Globalement, on constate la faible diffusion des études ou de l’information générale relatives aux économies étrangères. Le caractère confidentiel des rapports contribue à freiner la rentabilité du système d’information global, et surtout prive les acteurs économiques d’une vision stratégique claire, adaptée à chaque zone géographique. Peu d’efforts sont engagés par les administrations compétentes dans ce domaine pour étoffer le réseau d’appui au commerce extérieur et à l’approche des marchés et répondre aux besoins des entreprises face au nouveau contexte de la concurrence internationale.

L’évaluation du dispositif marocain montre des atouts caractérisés en particulier par un grand nombre de centres de compétences. Il convient cependant d’orienter leurs missions et leur fonctionnement, afin d’aboutir à la constitution d’un système d’ingénierie stratégique de l’information adapté aux nouvelles exigences d’une économie ouverte sur l’extérieur. A ce titre, l’Etat et les administrations sont appelés à jouer un rôle essentiel dans l’appui aux entreprises, en particulier aux PME-PMI, confrontées aux formes multiples de la concurrence internationale. Le degré de réactivité, de plus en plus élevé, que les mutations de l’environnement imposent aux entreprises, nécessite un accès facile et rapide à l’information pertinente .