L’impact favorable du contre-choc pétrolier

La baisse des cours pétroliers, conjuguée à  l’activation du système d’indexation partielle des prix, se traduirait par une atténuation des subventions aux produits de la compensation et une réduction du déficit budgétaire

Le contre-choc pétrolier actuel est une bénédiction pour l’économie nationale. Etabli à environ 107 dollars en moyenne sur les neuf premiers mois de 2014, le prix du baril a reculé à près de 80 dollars ces derniers mois, soit son plus bas niveau en plus de deux ans. Cette baisse aura un impact favorable sur la croissance du PIB. Elle constitue à la fois un contre-choc ou un choc positif d’offre, via une baisse du prix des consommations intermédiaires, et une hausse de demande, via une augmentation du pouvoir d’achat des ménages et une poussée de la demande étrangère. La baisse du prix du brut serait ainsi l’un des principaux facteurs de soutien à l’activité économique. Le scénario de croissance économique projeté en 2015 a été établi sur la base d’un ensemble d’hypothèses dont celles relatives aux prix de l’énergie; elles sont basées sur les anticipations et les prix implicites des contrats à terme sur les marchés internationaux. La prévision de la croissance tablait sur un cours de pétrole de 103 dollars le baril. Sur cette base, le PIB devrait progresser de 4,4% aux prix constants. Une baisse de 20% du prix du pétrole aurait un impact cumulé positif sur l’activité. La baisse du prix du pétrole réduit en effet le prix des consommations intermédiaires et affecte positivement la production. Les entreprises seront les premières gagnantes. Leur excédent d’exploitation en sera augmenté. Evidemment, cette manne ne sera pas distribuée équitablement. Certains secteurs en profiteront plus que d’autres. Les transports et l’industrie seront les grands bénéficiaires. Pour l’industrie -hors activité des raffineries-, la baisse du prix du pétrole représente un impact positif sur les bénéfices du secteur dans son ensemble. La chimie, dont la matière première principale reste le pétrole, sera le secteur industriel le plus avantagé.
La baisse du prix du pétrole se traduirait par ailleurs par une contraction des tensions inflationnistes de la boucle prix-salaires qui existe sur le marché du travail. En 2014, le rythme d’accroissement des prix des produits réglementés a atteint 2,3% en moyenne, portant leur contribution à l’inflation à 0,5 point de pourcentage. Dans cette hausse relative, la composante la plus importante concerne les carburants et lubrifiants, avec un taux de 8%, résultat des effets de la révision en juin 2012 des prix à la pompe et de la réactivation  du système d’indexation partielle. Cette augmentation s’est répercutée sur les prix du transport routier des passagers. La baisse du prix du pétrole se traduirait ainsi par une réduction du taux d’inflation. Des effets de second tour se produiraient du fait des réactions des acteurs économiques. Les producteurs n’auront pas à augmenter leurs prix finaux pour maintenir leurs marges et les salariés ne seront pas poussés à demander des salaires plus élevés pour conserver leur pouvoir d’achat. La transmission du contre-choc pétrolier peut être favorable au financement de l’économie. En cas de baisse des prix, les banques centrales ne modifient généralement pas leurs politiques ou leurs comportements, les anticipations d’inflation restant bien ancrées. L’observation de cette attitude monétaire stimulerait la croissance.
Au choc d’offre induit par la baisse du prix du pétrole s’ajoute un choc de demande, lui aussi positif, prenant la forme d’une augmentation de la demande pour les produits nationaux. Ces produits deviendraient moins chers mais ils feraient face à une demande structurellement plus élevée car nos principaux partenaires commerciaux augmenteraient leur demande adressée au Maroc. La baisse des prix du baril contribuerait à l’amélioration du revenu disponible des ménages et à l’appréhension d’un environnement moins incertain de la part des agents économiques. Cette appréhension positive aurait des conséquences sur les anticipations des ménages et des entreprises. Ce qui contribuerait d’une part à un élargissement de la consommation de biens durables, et, d’autre part, à une élévation de l’investissement en raison de l’évaluation d’une demande anticipée revue à la hausse de la part des producteurs.
Les répercussions positives de la baisse des prix des produits énergétiques se feront sentir sur les équilibres des comptes externes et internes. Le solde de la balance commerciale se redresserait du fait de la baisse de la valeur des importations énergétiques qui représentent près de 25% des importations totales de marchandises. Quant au déficit du Trésor, il verrait une réduction de son niveau: un cours du baril à 104 dollars entre 2011 et 2013 avait fortement alourdi la charge de compensation et contribué au creusement du déficit budgétaire. Malgré des ajustements ponctuels, la charge de la caisse s’est établie à 24 milliards de dirhams en 2014, représentant 17% des dépenses ordinaires du budget. Cette charge est projetée à 22,9 milliards de dirhams en 2015, soit 2,3% du PIB. Son estimation est basée sur un prix moyen du baril de 103 dollars. La baisse des cours pétroliers, conjuguée à l’activation du système d’indexation partielle des prix, se traduirait par une atténuation des subventions aux produits de la compensation et une réduction du déficit budgétaire. D’une manière générale, le recul du prix du pétrole permettrait à l’économie marocaine d’améliorer ses performances macro-économiques, de reconstituer les marges des entreprises et de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs. Cela ne suffirait pas à garantir le retour de l’économie sur un trend de croissance soutenu mais cette baisse n’en constituerait pas moins  un soutien non négligeable à l’activité économique.