L’été est fini

Les MRE nous rapportent bien plus que des devises. Ils nous ramènent, à  travers leur manière d’être, ce quelque chose d’indéfinissable qui ne se cultive que dans les sociétés de liberté et dont les femmes en particulier sont porteuses.

Les vacanciers ont pris le chemin du retour et les écoliers repris celui de l’école. Chacun effectue ou s’apprête à effectuer sa rentrée alors que l’été, lui, se refuse encore à déposer les armes. En guise d’au-revoir, à la place de la fraîcheur attendue, c’est par un retour brutal de la canicule qu’il tire sa révérence. Du coup, même si les plages se désemplissent, dans les rues de la ville, l’atmosphère estivale perdure. Au crépuscule, quand la chaleur enfin s’atténue, les allées et les venues s’intensifient. Une ambiance toute particulière s’installe. Les lampadaires nimbent la nuit d’un halo orangé. On se croirait ailleurs, dans une de ces villes ouvertes qui aiment à vivre la nuit. Les terrasses des bistrots s’animent. On s’attarde autour d’un café ou d’une glace, goûtant la douceur du soir qui tombe. Pour une fois, le paysage cesse d’être exclusivement masculin. Attablées entre copines ou en famille, les femmes sont aussi de la partie. Des jeunes gens se content fleurette. Les épaules sont nues et les shorts courts. Il y a de la légèreté dans l’air, une légèreté dont on est fort peu coutumier et qui fait du bien. Les Marocains résidant à l’étranger font leurs derniers adieux. Ils sont ceux que l’on rencontre le plus à cette heure entre chien et loup où il fait bon prendre un verre en plein air. En fait, on a beau s’exaspérer de la manière dont ils font ronfler leurs moteurs ou, parfois même, se comportent, les MRE – il faut le reconnaître – nous rapportent bien plus que des devises. Ils nous ramènent, à travers leur manière d’être, ce quelque chose d’indéfinissable qui ne se cultive que dans les sociétés de liberté. Les femmes en particulier en sont porteuses. On le remarque à leur manière de se mouvoir sans complexe mais sans affectation non plus. Sous leurs pas, la rue cesse d’être ce lieu dont il faut, quand on est femme, être soit la conquérante soit la séductrice.

Elle redevient ce qu’elle est en soi, un espace public censé être ouvert à toutes et à tous. Ces Marocains de l’étranger nous font respirer un autre air. Ils ne sont pas tous, loin s’en faut, des libéraux et des progressistes. Mais – au niveau de la jeune génération s’entend – même chez ceux qui s’affichent rigoristes, les traits de modernité sont manifestes. Cet islam, qui se vit minoritaire dans une société sécularisée, donne lieu à des mutations qui nous parviennent par ricochet dans ce qu’elles ont de bon mais aussi, malheureusement, dans ce qu’elles produisent de négatif. Et ce négatif, l’actualité, dans sa livraison de la rentrée vient de nous en livrer un succédané. L’information, communiquée à la fin de ce mois d’août, a saisi et glacé le sang à la fois. Dans le cadre de l’enquête menée sur le groupe « Ansar El Mehdi», dont on apprenait au début de l’été qu’il projetait de commettre des attentats terroristes de grande ampleur au Maroc, les autorités ont rendu public les éléments suivants. Parmi les personnes arrêtées, on compte quatre femmes. Deux d’entre elles – et c’est là l’incroyable information – sont des épouses de pilotes, sur lesquelles pèse le soupçon de participation au financement du groupe. La nouvelle a laissé sans voix même parmi les plus avertis. On aurait été dans le schéma des desperados des Carrières Thomas, on aurait, à la rigueur, compris le fait, le désespoir n’ayant pas de sexe, mais le milieu des pilotes de la RAM ! En Palestine – et le phénomène, encore, y est récent – quelques figures féminines ont fait leur apparition parmi les kamikazes. C’est cependant la Palestine, pas le Maroc ! Qui plus est, les Marocaines arrêtées ne sont pas soupçonnées d’avoir voulu se faire exploser, mais de contribuer à ce que d’autres aillent semer la mort ! Si la suspicion se confirme – toute personne étant présumée innocente jusqu’à ce que la preuve de sa culpabilité soit apportée – cela voudrait dire que les femmes, en matière de terrorisme, seraient passées à un stade supérieur d’action. Elles ne seraient plus celles dont on instrumentalise la souffrance, mais celles qui viendraient apporter leur soutien aux organisateurs et donc, de ce fait, participeraient à l’organisation de ces crimes collectifs. Le Maroc s’est distingué par l’exportation des terroristes, des Marocains ayant participé à la plupart des attentats terroristes portant la marque d’Al Qaïda. Voilà maintenant qu’il y aurait innovation supplémentaire par le biais de la féminisation de ces acteurs. L’égalité des sexes, tout féministe que l’on soit, on s’en serait pourtant passé à ce niveau-là ! Mais, et c’est peut-être l’enseignement à en tirer, on n’arrête pas la marche de l’histoire. Les femmes s’asseoient aux terrasses de cafés, pourquoi ne se feraient-elles pas comploteuses, pourrait-on dire en lieu et place de nos bons machistes ! Des épouses de pilotes de ligne ! Des femmes donc, qui, même si elles ne vivent peut-être pas sur un grand train, ont l’opportunité de voyager à moindres frais. Donc de humer un autre air, de se frotter à d’autres univers. De ces contacts, laissant le meilleur, auraient-elle aspiré le pire, cette rage, cette colère et cette frustration de qui n’est plus le puissant de l’heure ? La réponse, on attendra de connaître la suite de l’histoire pour y réfléchir. En attendant, bonne rentrée à tous et il n’est pas interdit, mesdames, de continuer à goûter le plaisir d’un bon café au bistrot du coin.