Les voeux pour 2009

Le malaise démocratique ronge notre société. Il est entretenu par l’idée fausse que dans un pays comme le nôtre on puisse décider de tout au sommet. Que le pouvoir aussi hyper centralisé peut être assez informé, omnipotent, pour être en mesure de décider de tout.

Crise économique, politiques publiques, politique sociale, pouvoir d’achat,méthode de gouvernement, réforme des institutions, ce sont là quelques-uns des thèmes qui marqueront l’année qui s’ouvre. De tous ces thèmes, le plus urgent est celui de nos institutions. Le malaise démocratique ronge notre société. Il est entretenu par l’idée fausse que dans un pays comme le nôtre on puisse décider de tout au sommet.Que le pouvoir aussi hyper centralisé peut être assez informé, omnipotent, pour être en mesure de décider de tout. Le risque de désenchantement est là.Car il y a du risque, et du risque qui n’est pas régressif que pour les institutions, c’est régressif aussi pour la société car c’est un mal national de croire «qu’en haut» on peut décider de tout.Toutes les institutions de la société, la représentation politique en particulier, au lieu de les désincarner, de les dépouiller de leur semblant de pouvoir, il faut au contraire les responsabiliser. Ne jouons pas aux Cassandre. LeMaroc bouge. Du changement positif : oui !Dans l’espace des libertés, des droits, de la dynamique économique -dans toute sa relativité-, de l’environnement de l’entreprise. Des résistances et de l’inertie : sans doute ! Dans l’administration, la justice, le système politique. Le Maroc est surtout inquiet, des franges de la société sont découragées : le chômage des jeunes et des femmes, les inégalités qui se creusent, les déficits sociaux non encore résorbés, le clientélisme et le népotisme, la panne de l’ascenseur social.
L’année 2009 sera difficile pour les Marocains. Seront-ils seuls face aux épreuves, réduits au silence de leur attente ou à l’expression spontanée de leur colère ? Là est le rôle des forces politiques : offrir une traduction concrète d’une attente et d’une espérance. Permettre le changement partout où la possibilité d’action est offerte. Fournir une explication du monde et des choses. Le gouvernement dans sa configuration actuelle en est-il capable ? Oui, s’il évacue cette impression du non-être qui imprègne la perception du citoyen à son égard. S’il se départit de la confusion des rôles et donne du sens à son action. S’il s’autonomise des influences contradictoires, toujours assénées sur le ton des directives.Mais où est donc le volontarisme, où est la logique, où est la cohérence, où est la préparation, où est la concertation préalable qui forgent le respect ? Les élections locales qui viennent sont un rendezvous politique majeur. Un rendezvous d’abord pour les partis politiques. Pourraient-ils, à l’occasion, semettre en bon ordre, faire des listes de rassemblement entre partenaires «idéologiques », faire une place à la diversité, tenir compte des exigences de la parité, faiπre en sorte que les différentes sensibilités d’un même parti s’expriment dans les candidatures ? Un rendez-vous ensuite pour les citoyens. Aujourd’hui, les citoyens de toutes opinions s’interrogent, y compris parmi ceux qui font encore une confiance sans mesure au système.
Ces interrogations préludent à une demande, à l’attente d’une alternative, d’une proposition politique pour que leMaroc retrouve ses valeurs, une méthode de fond pour la réforme, des institutions qui le rassurent et lui permettent de choisir son chemin. Selon que les citoyens reprennent goût à l’engagement politique, selon qu’ils retrouvent la voie des urnes, cela ne sera pas lemême environnement pour vivre dans le Maroc de demain. Faisons un voeu : Que les partis se revitalisent ! Que les syndicats se débarrassent de leur archaïsme ! Que la société civilemûrisse ! Que la presse se libère de toutes les influences nocives ! En somme que les contre-pouvoirs reprennent leur force. Pas nécessairement contre le pouvoir. Pour être plutôt une force de proposition, une force d’action : celle qui revendique un pouvoir ; celui qui est à sa portée, celui que lui autorise la loi. Pour permettre à ces institutions d’exercer non pas simplement une parcelle de pouvoir,mais une part de la responsabilité politique. Pour être utiles à nos concitoyens. Si j’ai un voeu personnel à formuler, c’est celui que les valeurs comme l’intérêt général, la raison, le respect des droits et du devoir l’emportent sur l’argent, l’obscurantisme, le déni de justice et l’esbroufe. Si la lucidité et la volonté l’emportent, j’ai confiance dans l’issue de cette perspective. Elle est autant politique, sociale que morale. Et peut-être jamais en ce début d’année nous n’avons eu autant besoin d’un Etat fort. Fort de la vigueur de ses institutions, de toutes ses institutions.