Les objectifs du développement et les facteurs non économiques de l’INDH

Au niveau du paradigme qui sert de socle conceptuel et méthodologique à  l’INDH, le développement humain est appréhendé non pas comme une question d’injustice sociale à  réparer par une redistribution des revenus, mais plutôt comme un processus cumulatif de développement économique et social dont le capital humain doit être le levier. C’est cela la force de l’INDH.

Dans son discours au sommet de l’ONU sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) (New York, 20 au 22 septembre 2010), SM Mohammed VI a rappelé les avancées significatives du Maroc dans la concrétisation des OMD, surtout en ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, la précarité et la marginalisation, ainsi que le rôle joué par l’Initiative nationale du développement humain (INDH) pour l’amélioration des conditions de vie des plus démunis en milieux urbain et rural.
Avant la mise en œuvre de cette initiative royale que le Souverain a annoncée dans son discours à la Nation (18 mai 2005), l’INDH s’est appuyée sur un diagnostic objectif et sans complaisance des déficits sociaux et s’est basée sur un paradigme inédit et pertinent.
Le retard accumulé en matière de développement humain, après 50 ans d’indépendance, est ainsi diagnostiqué en examinant une multitude de facteurs aussi complexes et contraignants que le rythme accéléré de la croissance démographique, l’inefficacité des politiques sociales sectorielles, l’insuffisance de la croissance économique et l’évolution différenciée des comportements sociaux, la faiblesse de la convergence des politiques publiques et de la coordination des actions d’offre des services collectifs de base ; d’où une grande dispersion des efforts, des ressources et des intervenants.

L’INDH, un germe pour le changement de la condition humaine des plus démunis

Au niveau du paradigme qui sert de socle conceptuel et méthodologique à l’INDH, le développement humain est appréhendé non pas comme une question d’injustice sociale à réparer par une redistribution des revenus, mais plutôt comme un processus cumulatif de développement économique et social dont le capital humain doit être le levier, à travers notamment la formation d’un niveau suffisant de potentialités humaines élémentaires et le développement des capacités individuelles. En accordant de l’importance à l’appropriation des projets par les bénéficiaires, l’INDH cherche à se démarquer du classique culte du brut des politiques publiques sectorielles, qui ont habituellement réduit la prestation de services publics et la disponibilité des équipements sociaux à une question de progrès quantitatifs (nombre d’écoles, nombre de dispensaires, linéaire en kilomètres des réseaux électriques et d’eau potable, des routes et des pistes rurales, etc.), en reléguant au second rang la dimension qualitative, notamment l’impact effectif des programmes, l’efficience humaine des actions et la durabilité des projets.
Pour illustrer les dynamiques superstructurelles porteuses d’avenir que l’INDH est en train d’opérer en profondeur dans le champ social, particulièrement sa capacité à percer le «mur du développement inégal» qui sépare le «Maroc utile» du «Maroc inutile», un legs de l’époque du Protectorat qui persiste encore à un degré moindre mais sous de nouvelles formes, j’ai présent à l’esprit cet heureux évènement que j’ai vécu en 2006. Il s’agit du cas d’une femme, enceinte, issue d’une tribu de la province d’Assa-Zag, dont les membres font, depuis des lustres, la transhumance entre l’Oued Drâa et  Saquia El Hamra.

Des retombées multidimensionnelles

Le hasard de la transhumance et l’urgence natale ont donc amené cette femme à accoucher dans la maternité de Tazarine, une petite structure d’accueil socio-médical mise en œuvre par l’INDH, ce qui a sauvé l’heureuse maman d’un accouchement forcément douloureux et hautement risqué sous une tente bédouine de fortune, avec le «savoir-faire» rudimentaire d’une femme du campement, improvisée «kabla». Apprenant la nouvelle par la rumeur, les femmes de cette localité du Maroc profond se sont spontanément mobilisées dans un élan de solidarité sans précédent, pour l’offrande des accessoires au bébé et pour la maman, des habits chauds et neufs, du henné et divers mets traditionnels marocains festifs et aux vertus obstétriques.
Toute la nuit, le téléphone cellulaire a sonné entre Tazarine et Assa-Zag pour annoncer l’heureuse nouvelle, tout en relatant la bienveillance du personnel paramédical de la maternité, l’hospitalité et l’accueil chaleureux des concitoyennes de Tazarine. Les ondes de choc politico-psychologiques de cet évènement, dont la paternité revient à l’INDH, ont sans nul doute traversé la frontière et balayé Lahmada….
Cet exemple, un parmi tant d’autres, montre que l’INDH n’a pas encore livré tous ses secrets et que certaines de ses retombées multidimensionnelles sont tellement diffuses qu’elles ne sont pas faciles à appréhender par l’analyse positive ou l’approche empirique et par conséquent quantifiables et formalisables par des modèles théoriques ou économétriques. Sur un autre plan, par l’injection raisonnée des activités génératrices de revenus (AGR) et l’introduction de la culture managériale, l’INDH vise à lutter contre la culture défaitiste et démagogique de l’assistanat, de l’attentisme et des sit-in. En encourageant les jeunes à l’entreprenariat, l’INDH cherche donc à agir sur les mentalités et les comportements, des facteurs difficiles sinon impossible à estimer par la quantification statistique ou la formulation indiciaire, parce qu’ils sont éminemment d’ordre psycho-sociologique.
Comme annoncé au début de sa mise en œuvre, l’INDH n’a aucunement la prétention d’être une baguette magique, capable de changer fantastiquement une réalité structurelle, dont les tendances lourdes sont «têtues». Ce grand chantier de règne, ouvert en permanence, est avant tout une initiative qui veut indiquer, par la pédagogie des bonnes pratiques, la meilleure approche et la bonne direction, en vue d’aider des milliers de familles marocaines déshéritées à sortir des ténèbres de l’analphabétisme, l’obscurantisme, la misère, la précarité et la vulnérabilité. Egalement, comme elle le montre au quotidien sur le terrain, l’INDH n’est ni un projet ponctuel ni un programme conjoncturel de circonstance préparé à la hâte, mais une force tranquille qui cherche souverainement à amorcer la bifurcation vers une amélioration significative de l’IDH au Maroc, pour des raisons de dignité humaine, de justice sociale et de respect des engagements du Maroc.