« Les Mécréants », coupable plantage

Parmi les vocations du cinéma, celle du témoignage accompli pour le compte du commun des mortels semble la plus gratifiante.

Parmi les vocations du cinéma, celle du témoignage accompli pour le compte du commun des mortels semble la plus gratifiante. Telle est sûrement la conviction de Mohcine Besri qui, pour son entrée dans les ordres, tisse un opus à l’aide d’une matière incandescente : le péril terroriste. «Les Mécréants» démarre sur les chapeaux de roues. A quelques encâblures d’Ifrane, l’autocar où se trouve une troupe théâtrale en tournée est intercepté par trois jeunes barbus, aimables comme des gonds d’échafaud. Les cabotins sont conduits dans un lieu perdu où leurs ravisseurs envisagent charitablement de leur faire passer le goût de la fumette, de la vinette et d’autres paradis encore. Le spectateur tremble pour le sort des condamnés, ceux-ci ont des sueurs froides, les bourreaux attendent impatiemment l’arrivée de leur chef pour s’acquitter de leur «sainte» besogne. Le chef est aux abonnés absents. Le cinéaste met à profit le miraculeux sursis pour camper les personnages des tueurs. On s’attend à ce qu’il nous en provoque la répulsion, réanime notre haine légitime à l’encontre de tout assassin ; il nous fait sentir leur rage et leur fragilité, découvrir leurs failles et leur désespoir, comme s’ils étaient des humains ordinaires, tombés sous la coupe de fanatiseurs. Or les bourreaux ne sont pas des gens ordinaires. Mohcine Besri s’est planté.