Les femmes… toujours les femmes

Un article de presse nous apprend qu’au Pakistan, cinq femmes au total ont été enterrées vivantes parce que trois d’entre elles avaient voulu épouser l’homme de leur choix.

Dans la revue de la presse internationale effectuée cette semaine, plusieurs nouvelles, d’importance et de registres différents, retiennent l’attention du lecteur sensible à la question féminine. Naviguer de l’une à l’autre jette un éclairage cruel sur les niveaux d’évolution entre un monde occidental projeté vers l’avant et cet autre, frappé de glaciation, qui se trouve être le nôtre. L’émancipation féminine est l’un des principaux indices retenus par les organismes internationaux pour la mesure de l’état de développement et de démocratie d’un pays. Les élections présidentielles américaines en cours illustrent on ne peut mieux la pertinence de ce critère.

Après une convention démocrate haute en couleurs s’est tenue, au cours des jours derniers, celle du parti républicain adverse. Il revenait à son candidat, John Mac Cain, de faire aussi bien sinon mieux que son concurrent, dont le discours d’investiture a été suivi par plus de 38 millions d’Américains. La tâche n’était pas aisée, pourtant le vétéran du Vietnam a réussi à créer la surprise en se choisissant comme colistier un outsider sur lequel personne ne se serait hasardé à miser, une personnalité politique quasi inconnue à l’échelle nationale.

Atout principal de ce joker sorti du chapeau : c’est une femme. Mère de cinq enfants, Sarah Palin, une ex-Miss Wassil(*), est gouverneur depuis un an et demi de l’Alaska, un des Etats les moins peuplés et les plus excentrés des USA. Elle fut précédemment maire d’une petite ville de 9 000 habitants. Là s’arrête l’expérience politique de la vice-présidente que s’est choisie le candidat républicain, celle qui serait appelée à diriger les USA en cas de disparition brutale du président.

D’où l’audace du pari osé pour reprendre la main et arrêter l’ascension d’un concurrent porté par un besoin irrépressible de changement. Outre le rajeunissement de l’équipe présidentielle par la présence d’une femme télégénique de 44 ans, ce choix repose sur un objectif évident : récupérer les millions d’électeurs démocrates de Hillary Clinton. En s’adjoignant Sarah Palin comme vice-présidente, John Mac Cain joue sur la fibre féministe, en espérant que la volonté de porter une femme aux plus hautes fonctions primera sur la couleur politique.

Là réside cependant le risque du calcul car Sarah Palin n’est pas Hillary Clinton, avec laquelle elle ne peut rivaliser sur le plan des compétences. Mais voilà, à peine jetée dans l’arène, cette poupée Barbie perçue par beaucoup comme une femme-objet politique, prend des allures de star nationale. Douée à l’évidence de talent politique, son premier discours, au cours duquel elle a mené une attaque en règle contre Barack Obama, a électrisé l’auditoire républicain et, surtout, a été suivi par 37,2 millions d’auditeurs, soit presque autant que le candidat démocrate.

Contre l’avortement et membre du lobby des armes à feu, Sarah Palin défend les valeurs les plus rétrogrades et anti-modernistes. Mais le choix porté sur elle témoigne de l’importance du poids politique acquis par les femmes en Occident, et c’est cela qu’on ne peut manquer de retenir.

De retenir et de comparer avec ce qu’il en est ailleurs. Ainsi de cette information, en provenance d’un autre point du globe qui vous fait illico changer de planète. Un article de presse nous apprend qu’au Pakistan, cinq femmes au total ont été enterrées vivantes parce que trois d’entre elles ont voulu épouser l’homme de leur choix. Relevant de ces crimes odieux et archaïques dits «d’honneur», l’affaire a été révélée par une organisation française des droits de l’homme.

Selon les informations communiquées par les militants d’une ONG locale, les victimes ont été kidnappées et conduites dans un lieu désert dans un véhicule portant des plaques du gouvernement provincial. Après qu’elles eussent été battues, on leur a tiré dessus. Leurs meurtriers les ont ensuite couvertes de terre et de pierres alors qu’elles respiraient encore, n’hésitant pas à les enterrer vivantes. Deux vieilles femmes étaient présentes.

Ayant tenté de s’interposer, elles ont subi le même sort. Devant l’émoi suscité par l’horreur de la chose, le gouvernement a été acculé à procéder à une enquête, mettant aux prises adversaires et partisans, toujours nombreux, de ces crimes traditionnels. XXIe siècle ou pas, il demeure ainsi, aujourd’hui, des individus, prétendument musulmans, pour défendre à haute voix, au nom de la tradition, de telles abominations. Les pays musulmans n’ont pas l’apanage des violences contre les femmes. Ce qui choque donc n’est pas tant leur existence que le fait de les voir, comme dans le cas présent, ouvertement défendues sous couvert de respect des traditions.

A côté de la violence physique, il y a, plus sournoise et plus répandue encore, la violence morale qui tue sur un plan psychologique. Ainsi, au cours de cette même revue de presse, une autre information, plus soft mais tout aussi représentative des régressions en cours, rapportant la fatwa d’un cheikh – cela se passe cette fois-ci chez nous – qui avalise le mariage d’une fillette de neuf ans. Aux dires du sieur en question, plus les femmes sont jeunes, plus elles seraient performantes au lit ! Et cela s’explique publiquement, sans l’ombre d’une quelconque gêne ou hésitation.

Pour le plaisir de terminer sur un pied de nez à tous ceux qui entendent continuer à penser et à vivre comme aux siècles passés, cette dernière brève, sobrement relayée par la presse française : la Garde des Sceaux de la République française, Rachida Dati, est enceinte. Elle va bientôt avoir un enfant mais n’a pas de mari.

Question : en tant que fille de Marocain, Rachida Dati est marocaine. Donc soumise au droit marocain. Donc passible, lors de son prochain passage au Maroc, à une arrestation en règle, les relations sexuelles hors mariage étant un délit puni par la loi. Avant de répondre à une nouvelle invitation de son homologue marocain, Mme Dati devra y réfléchir à deux fois.
(*)Petite ville américaine.