Les enjeux économiques du gouvernement Benkirane

Si les efforts déployés pour consolider les bases du système financier doivent être maintenus tout en poursuivant une gestion d’actifs plus rigoureuse, ne faudrait-il pas relever la contribution de la Bourse au financement de l’économie en renforçant les règles d’intégrité et de transparence des transactions financières ?

Il ne fait aucun doute que dans ses choix de politique économique, le nouveau gouvernement se donnera comme objectif d’assurer une croissance forte, de résorber le chômage, en limitant l’inflation et en maîtrisant les déséquilibres. Ce sont les points de convergence les plus saillants du volet économique des programmes des formations qui constituent l’actuelle coalition majoritaire. S’il est indéniable que la cible ultime de toute  politique économique est d’atteindre ce «carré magique», l’art de s’en rapprocher consiste à recourir à une combinaison appropriée des instruments de politique économique. C’est sur ce terrain que risquent de se manifester des tensions dans la gestion de la politique économique du gouvernement.

Il serait absurde d’ignorer les contraintes qui s’imposent aux nouveaux pensionnaires de l’Exécutif. Ces deux dernières années, le Maroc a perdu une partie des marges de manœuvre qu’il avait acquises au terme d’un processus continu et difficile d’ajustement et d’assainissement de ses macro-comptes. Toutefois, la référence aux contraintes économiques ne devrait pas servir d’alibi pour reconduire les mêmes politiques quand il s’avère nécessaire d’en ajuster le profil. La première Loi de finances du nouveau gouvernement sera certainement qualifiée de transitoire, au sens où les conditions et le timing de son élaboration ne permettent pas de traduire sensiblement dans cet acte fondamental de la vie publique les choix et les orientations de la nouvelle équipe. Tout d’abord, quels choix et quelles mesures le gouvernement sera-t-il conduit à prendre pour améliorer le positionnement économique du Maroc sur l’échiquier international ? Les  implications de la crise mondiale sur l’économie marocaine suscitent un pessimisme profond sur l’état et l’avenir de la société et de l’économie. Ce pessimisme se nourrit du sentiment d’un Maroc qui souffre du cours actuel de la mondialisation. Le gouvernement aura-t-il la capacité de convaincre la société sur l’irréversibilité de l’ouverture du Maroc et plus encore que la diffusion équitable des gains tirés de cette ouverture ?

Ensuite, quels sont les dispositifs que le gouvernement compte mettre en œuvre pour renforcer la compétitivité de l’économie ? Quels sont les leviers qu’il va privilégier dans cette bataille qui n’en finit pas ? L’amélioration de l’environnement des affaires ? L’approfondissement de la lutte contre la corruption ? Les réformes en matière d’éducation et de formation ? La réforme du marché du travail ? Des actions en profondeur ont déjà été prises dans ces différents domaines. En quoi consisteraient l’originalité et la valeur ajoutée des mesures qu’il retiendra ? C’est dans leur pertinence que se dessinera la voie de réduction du déficit du compte courant de la balance des paiements pour éviter le spectre d’un retour à la crise des années 80. 

Par ailleurs, quelles sont les mesures qu’envisage de prendre le gouvernement pour rétablir cette stabilité macroéconomique, indispensable pour s’assurer une croissance saine ? Dans l’immédiat, une rationalisation des dépenses publiques s’impose pour consolider la soutenabilité budgétaire. A moyen terme, une attention particulière doit être accordée à l’équilibre financier des caisses de retraite compte tenu du risque systémique qu’elles comportent. Un ensemble de réformes qui appellent plus d’imagination et une volonté politique ferme.

Afin d’élargir sa capacité d’action, le gouvernement ne serait-il pas appelé à adapter le cadre actuel des politiques monétaire et de change ? S’il est nécessaire de consolider la stratégie du ciblage d’inflation ne faudrait-il pas mieux orienter la politique de crédit tout en poursuivant le progrès en matière de transparence de la politique monétaire et financière. Ne serait-il pas aussi nécessaire de faire évoluer à moyen terme l’objectif de la politique de change vers un régime plus flexible ? Ce réajustement serait en phase avec les engagements du Maroc dans les accords de libre-échange et l’évolution de la parité euro/dollar.

Si les efforts déployés pour consolider les bases du système financier doivent être maintenus tout en poursuivant une gestion d’actifs plus rigoureuse, ne faudrait-il pas relever la contribution de la Bourse au financement de l’économie en renforçant les règles d’intégrité et de transparence des transactions financières ? La déclaration gouvernementale sera un moment fort pour renseigner l’opinion publique sur les grands objectifs et les choix stratégiques nationaux. Les acteurs économiques et sociaux attendront de la déclaration qu’elle précise les moyens à mettre en œuvre pour  réaliser ces objectifs. Son réel intérêt consiste moins dans l’affirmation des priorités de notre société que dans la méthode d’approche de la gestion de la politique économique.