Les enjeux d’un réseau ferroviaire dans le Souss

La capitale du Souss reste indéniablement l’échec le plus important dans la stratégie de développement adoptée jusqu’ici par l’ONCF. Il est vrai que le raccordement depuis Marrakech est un chantier titanesque, mais la création d’un réseau ferroviaire propre à  la région permettra de booster son essor économique.

Avec les doublements de voie entre Casablanca et Fès, Casablanca et El Jadida et entre Nador et Tanger Med, l’Office national des chemins de fer (ONCF) a franchi  un cap important dans la qualité de la logistique ferroviaire marocaine ; une qualité qui va être davantage consolidée avec la mise en place de la voie à grande vitesse entre Kénitra et Tanger et le triplement de la voie Kénitra-Casablanca.

Toutefois, certains points sombres sont à signaler dans ce bilan de l’opérateur national. C’est le cas du retard enregistré dans le doublement de la voie Settat-Marrakech, l’électrification de la ligne Fès-Oujda (annoncée en tranches) et, le comble, le raccordement avec d’autres villes importantes comme Béni-Mellal, Tétouan et Agadir.

Justement, la capitale du Souss reste indéniablement l’échec le plus important dans la stratégie de développement adoptée jusqu’ici par l’ONCF. Il est vrai que le raccordement depuis Marrakech est un chantier titanesque (les reliefs accidentés de l’Atlas impliquent la construction de tunnels). Il nécessite un investissement considérable (plus de 3 milliards d’euros au cas où l’ONCF opte pour la LGV) que les engagements financiers en cours de l’ONCF et les contraintes budgétaires actuelles du Royaume ne peuvent permettre d’envisager à moyen terme.

Aussi, une meilleure solution consiste-t-elle à créer un réseau ferroviaire propre dans la région du Sud en faisant de la ville d’Agadir un vrai noyau ferroviaire qui accueillera l’intersection de plusieurs lignes selon le schéma suivant :
– une première ligne qui commence à Taghazoute (Agadir Nord), qui passe par le centre-ville avec embranchement du port et qui continue vers le sud en installant une deuxième gare (Agadir Sud) ;

– une deuxième ligne qui constitue une continuation de la première et qui s’étend vers Inzegane (4e arrêt), Aït-Melloul (5e gare) et enfin Tiznit (terminus). Ce deuxième tronçon constitue le prélude de la connexion ferroviaire future avec les provinces du sud (Tarfaya, Tan-Tan, Boujdour, Laâyoune, Dakhla) ;

– une troisième ligne qui part de la gare d’Aït-Melloul (point d’intersection) pour desservir d’abord l’aéroport international d’El Massira et ensuite la ville de Taroudant.

Evidemment, le point de départ de cette armature ferroviaire, qui se trouverait à Taghazoute, doit prendre en considération la connexion LGV future avec Marrakech et Essaouira. Cette armature ferroviaire est de nature à booster davantage l’essor économique de la région du Souss qui a besoin de cette infrastructure et dont la croissance n’arrive pas à atteindre sa vitesse de croisière à cause justement de l’absence d’une infrastructure de transport de masse.
Cette proposition d’aménagement territorial de la région du Souss permet en réalité d’escompter de nombreux avantages :

– consolider le développement de la station touristique de Taghazoute en lui permettant une connexion fluide avec la ville d’Agadir, son port et surtout son aéroport international ;

– doter la grande ville d’Agadir d’un système de transport développé et moderne (le cas du RER), ce qui est de nature à améliorer le positionnement marketing de la destination Agadir à l’échelle de l’attractivité touristique internationale.

– Connecter les principaux centres d’activité économique de la région du Souss avec le port et l’aéroport international de la ville (et plus tard avec le réseau ferroviaire marocain). Cette connexion intéressera la zone industrielle d’Aït-Melloul et surtout Taroudant, eldorado des exportations agricoles de la région. Il est évident que le transport ferroviaire des produits de la région va engendrer un prix de revient moins élevé et donc plus de compétitivité des exportations marocaines. Cette approche est d’autant plus intéressante que l’essentiel des exportations agricoles de la région est accaparé par le TIR espagnol.

Ce schéma d’aménagement territorial vise à valoriser l’une des grandes régions économiques du Maroc et à résorber le déficit en matière de couverture ferroviaire nationale, ce qui permettra, d’une part, d’accélérer les investissements logistiques dans le Sud et, d’autre part, d’étoffer l’offre de l’opérateur national afin d’être au diapason de la modernisation accélérée que connaît actuellement le Royaume dans différents secteurs en attendant l’autre challenge de taille qu’attend l’ONCF : la mise en place d’une vraie démarche marketing.