Les défis de la diplomatie économique

Depuis quelques années, la diplomatie économique marocaine est confrontée à  un défi : celui de devenir l’un des moteurs de la performance globale des entreprises et de la nation.

Très longtemps, les relations internationales du Maroc étaient confondues abusivement avec les relations interétatiques, et la politique étrangère avec une certaine pratique diplomatique. Les constantes auxquelles se rapportait la politique étrangère marocaine étaient délimitées : la défense de l’intégrité territoriale, notre appartenance à l’aire arabo-musulmane, notre situation géographique sur la rive sud de la Méditerranée, la référence aux valeurs universelles de paix et de bon voisinage, etc. Mais il faut bien convenir que l’audace diplomatique du Maroc sur ces périmètres n’a jamais été transformée en gain économique. Question de dignité, dit-on. Mais un discours de «grandeur», tel que l’a pratiqué le Maroc jusqu’à présent, ne peut exercer ses effets longtemps si l’intendance et les institutions ne suivent pas. La réussite n’a que faire de l’annonce des principes; elle ne supporte que la réalisation. Elle ne peut reposer exclusivement ni même essentiellement sur une politique étrangère où l’image extérieure devient le succédané d’un intérieur défaillant. Ces dernières années, l’importance croissante des relations économiques transnationales et l’évolution de leur nature ont engendré pour l’action diplomatique un contexte nouveau. Il en a résulté au moins trois conséquences essentielles. Une redéfinition des concepts et des instruments clés de la diplomatie : sécurité, souveraineté, défense des intérêts. Une transformation du métier de diplomate : tout en préservant les valeurs traditionnelles du métier,  le rôle du diplomate se modernise, se complexifie. Une érosion de la compétence des Etats, sans laquelle la notion de politique étrangère n’aurait plus de sens, par une mondialisation multidimensionnelle, défiée par la prolifération d’acteurs non étatiques et de flux internationaux.

En somme, la politique étrangère change, elle se voit bousculée dans ses domaines de prédilection. Le Maroc se devait de prendre la mesure de ces évolutions; à défaut, il risquait d’être condamné à n’être qu’un «suiveur» ou un allié de seconde zone dans des enjeux qui le dépassent. L’évaluation de la pratique passée de la diplomatie marocaine laissait apparaître clairement l’ampleur des progrès qu’il convenait encore d’accomplir pour mettre en œuvre une diplomatie économique permettant au Maroc d’appréhender efficacement les enjeux, les opportunités et les risques liés à la nouvelle configuration des relations internationales. 

Depuis quelques années, la diplomatie économique marocaine est confrontée à un défi : celui de devenir l’un des moteurs de la performance globale des entreprises et de la nation. Il est vrai que les accords de libre-échange, la vive compétition mondiale ont contraint les acteurs économiques publics et privés à s’adapter aux nouveaux équilibres qui s’établissent entre concurrence et coopération. Désormais, la conduite efficace de la politique étrangère du pays repose largement sur la capacité de ses institutions diplomatiques et de ses ministères techniques à maîtriser le suivi des relations économiques multilatérales et bilatérales, à définir la position du pays dans les grandes négociations internationales, à exploiter les opportunités de partenariats, à attirer les investisseurs étrangers, à cerner les pratiques  commerciale et financière des acteurs et concurrents, à établir des systèmes d’alliances d’intérêts, à accéder aux informations stratégiques pour mieux anticiper des marchés et gérer le règlement des différends. 

C’est à l’aune de ces défis qu’il convient d’apprécier le changement intervenu dans la diplomatie marocaine depuis quelque temps et son adaptation aux nouvelles exigences. La question de savoir comment utiliser les atouts économiques dont dispose le pays et tirer bénéfice de ses potentialités devient un sujet de la politique étrangère. L’accès aux marchés extérieurs et l’attractivité de l’investissement deviennent des objectifs primordiaux. L’Etat s’investit de plus en plus dans l’approche des marchés extérieurs pour ses entreprises. Il tente d’apporter son concours à la compétition économique avec des outils spécifiques. Dans un environnement où l’information devient une variable stratégique et où les considérations de lobyying peuvent être amenées à jouer un rôle considérable dans le positionnement des entreprises et les succès qu’elles remportent. La nouvelle dynamique Etat-entreprises n’a plus comme seul champ d’expression l’espace national. Elle offre aussi l’occasion de reconstruire un lien nouveau entre les deux acteurs dans la sphère extérieure.

Mais dans cette dynamique, beaucoup d’efforts restent à déployer pour que la politique étrangère d’aujourd’hui puisse traduire les grandes orientations du pays, exprimer sa vision et ses perspectives politiques. Bien des questions n’ont pas encore trouvé de réponses : les effets de ces changements sur les fonctions, les objectifs et les moyens de l’institution diplomatique, le rôle des ministères techniques dans l’élaboration des choix de la politique étrangère, l’influence du nouvel environnement sur l’art et les métiers diplomatiques, la réelle prise en compte de l’émergence des acteurs non étatiques dans le champ de la diplomatie (entreprises, organisations professionnelles, ONG), les liens entre politique intérieure et politique extérieure dans la défense des intérêts économiques. Car, c’est par une métaphore peut être abusive, la «guerre économique», que désormais les relations internationales sont perçues. Sauf que dans ce combat, les armes ont aussi pour nom: la robustesse de votre appareil de production, vos capacités de recherche, la qualité de vos universités, la puissance de votre logistique, le support de votre administration.