Les à¢mes duplices

Qui n’a pas été ému par les infortunes de Nafissatou Diallo, décrite comme une bonne musulmane, une honnête travailleuse, une veuve au-dessus de tout soupçon, une mère courage élevant convenablement son enfant malgré l’insignifiance de ses revenus ? Qui n’a pas jeté la pierre à son présumé bourreau, le puissant Dominique Strauss-Kahn, plein aux as, maître du FMI, socialiste bon teint promis à un haut destin et à la sexualité compulsive ? Le New York Times fourre son nez dans l’intimité de Nafissatou Diallo, et l’exemplarité de la femme de ménage du Sofitel se lézarde pitoyablement, découvrant des travers inavouables. La vertueuse guinéenne serait une fieffée menteuse, qui a pu berner les juges en taisant des pans de sa vie ; la croyante ferait bon marché des interdits de sa religion, puisque tout en étant mariée à un dealer sous les verrous, elle entretiendrait une liaison avec un bougnat qu’elle fait passer pour son frère et exercerait régulièrement le plus vieux métier du monde; l’immigrée modèle frayerait avec le milieu de le drogue…Ce Janus en jupons n’est pas sans évoquer un personnage bien de chez nous, pris à partie par la presse, après sa dénonciation à la justice par une actrice (il est producteur) pour harcèlement sexuel. Qui l’eût cru de la part d’un mari fidèle, père prévenant, véritable grenouille des vasques d’ablutions, parti de rien pour arriver à plusieurs zéros ? Duplicité, duplicité.