L’équipement, le talon d’Achille des tribunaux

Presque tous les tribunaux du Royaume ont leur site internet…sauf la Cour d’appel de Casablanca ! Il est donc possible de consulter, depuis Casablanca, le résultat d’un délibéré à  Agadir, le report d’un dossier à  Oujda, ou la teneur d’un jugement rendu à  Tanger, le tout en quelques clics. Pour Casablanca, il convient de se déplacer sur les lieux, soit dans le bà¢timent situé Bd des F.A.R…

Cette fois-ci, ça y est : la réforme de la justice est en marche, et il semblerait que certains décideurs de la Place Mamounia lisent assidûment certaines chroniques de La Vie éco. En effet, depuis l’une d’entre elles, on sent qu’un vent nouveau souffle sur les tribunaux, du moins ceux de Casablanca : les micros installés depuis belle lurette viennent enfin d’être déballés. Pendant des mois, on a pu les admirer dans leur superbe emballage plastique d’origine, snobés par les magistrats, inutilisés par les greffiers, et servant surtout…d’apparat, si j’ose dire. Leur mise en fonction fera dorénavant la joie de tous ceux qui, par obligation (avocats, journalistes) ou par nécessité (familles, justiciables), doivent assister à des audiences judiciaires. Mais cela représente une avancée majeure pour une meilleure compréhension des débats. On n’en continue pas moins de constater certaines bizarreries au sein de nos tribunaux. Et d’abord, la place de l’informatique qui demeure assez congrue.
Prenons le cas de la Cour d’appel de Casablanca, institution importante, s’il en est une, dans la circonscription judiciaire, et dont dépendent les  tribunaux de Mohammédia, Benslimane, Berrechid. Presque tous les tribunaux du Royaume ont leur site internet…sauf elle ! Il est donc possible de consulter, depuis Casablanca, le résultat d’un délibéré à Agadir, le report d’un dossier à Oujda, ou la teneur d’un jugement rendu à Tanger, le tout en quelques clics. Pour Casablanca, il convient de se déplacer sur les lieux, soit dans le bâtiment situé Bd des F.A.R. L’édifice est impressionnant, un escalier monumental permettant d’accéder à une immense salle des pas-perdus où l’on remarque de suite les ordinateurs. Il y en a quatre, deux pour le suivi des dossiers, deux autres pour des informations d’ordre général. Ils ont tous en commun d’être débranchés, poussiéreux, entassés dans un recoin, derrière la porte d’entrée, juste à côté de la chaise du policier de faction. (Afin sans doute, d’éviter de les voir dérobés : on se demande en passant qui aurait envie de chaparder des ordinateurs cassés et hors d’usage ?). En face des ordinateurs, se trouvent deux guichets dévolus à l’accueil du public. Ils sont vides et transformés en local de dépôts d’objets divers. Logique : pourquoi y cantonner des fonctionnaires, puisqu’il y a des ordinateurs à la disposition du public ? Pour les renseignements en tous genres, prière de monter les neuf étages à pied, en attendant que l’ascenseur de service soit remis en état. (Celui du public, pas celui des magistrats…). Dirigeons-nous vers le tribunal de commerce, splendide construction, tout en marbre, stucs et plâtres divers, mais pas d’ordinateurs pour la Cour d’appel. Ils sont en permanence «en grève», et n’affichent que des résultats datant de plusieurs semaines. Pour une juridiction traitant des centaines d’affaires, et statuant sur des dossiers valant plusieurs milliards de dirhams, cela ne fait pas très sérieux. Et à l’investisseur étranger, qui, depuis Tanger Med veut consulter un dossier au tribunal de Casablanca, on n’a qu’à répondre : «Heu…non, l’informatique ne fonctionne pas. Il faut se rendre
sur place, au tribunal». Effet positif garanti !

Au tribunal administratif, ce n’est pas mieux : les ordinateurs sont physiquement présents, mais déconnectés, voire débranchés. Au tribunal de la famille, de grosses bagarres ont lieu: pour la garde des enfants, pour le montant d’une pension alimentaire, ou pour un divorce musclé : le ministère n’a donc pas jugé utile de placer là des machines, qui seraient saccagées par des gens énervés.

Et finalement il n’y a qu’au tribunal civil de Casablanca que l’informatique joue pleinement son rôle ; les greffiers disposent de machines performantes, bien utilisées, les informations sont à jour, même pour les PC mis à la disposition du public. Tout le monde y trouve son compte, malgré une ultime incongruité : le PC situé à l’extérieur de l’enceinte, inutilisé en général, mais nécessitant la présence permanente d’un policier, faute de quoi, il se serait volatilisé depuis des lustres !