L’épreuve du risque sécheresse

à cause de sa multidimensionalité, l’efficacité d’un programme de lutte contre le risque sécheresse réside dans la souplesse de sa gestion financière et sa capacité à mobiliser tous les acteurs de proximité, les élus locaux, les organisations professionnelles, les agriculteurs…

Par l’effet d’un cycle climatique relativement favorable au cours de cette dernière période, on a eu tendance à oublier que la sécheresse fait partie des risques récurrents du pays. Cette année, le risque fait sa réapparition, le stress hydrique de ces derniers mois fait craindre le pire pour les cultures nationales, qu’elles soient irriguées ou non. Il mettra à l’épreuve la capacité du gouvernement à tirer des leçons des expériences passées et à mettre en œuvre des solutions agricoles et non agricoles pour contrer les effets défavorables de cet aléa. A chaque sécheresse, le gouvernement réagit par la mise en œuvre d’un programme s’articulant autour de quelques actions : l’alimentation en eau potable des zones les plus touchées, et l’approvisionnement en eau du bétail ; la sauvegarde du cheptel en comblant une partie du déficit fourrager; le financement des activités agricoles et l’approvisionnement en semences et engrais, la création d’emplois. Aujourd’hui, il doit bâtir sur cet acquis et exploiter au mieux les progrès réalisés dans l’anticipation et le traitement de ce risque.

Le suivi de la campagne agricole et la prédiction des récoltes sont une composante essentielle de la gestion du risque climatique en agriculture. De ce point de vue les avancées du système national de suivi de la campagne agricole devraient permettre une meilleure prédiction agro-météorologique des récoltes céréalières. Initié par l’Institut national de la recherche agronomique, le système surveille le développement des cultures, à partir des conditions météorologiques, des caractéristiques des sols et des paramètres des cultures. En ce début de campagne agricole la pluviométrie cumulée à l’échelle nationale a été très faible, la situation de la végétation de la campagne agricole est moins  bonne qu’à l’ordinaire dans les principales zones agricoles du pays. Il est trop tôt pour livrer des simulations chiffrées mais nous savons que la production agricole repose fondamentalement sur une céréaliculture sensible aux aléas climatiques. C’est en s’appuyant sur la collecte progressive des données météorologiques, des données satellitaires et la simulation de la croissance des cultures qu’une 
prédiction des récoltes pourra être établie et affinée progressivement. Dans un contexte de risque de sécheresse, l’eau devient une ressource rare ; la gestion rationnelle de son offre et de sa demande sera au cœur du programme de lutte contre la sécheresse en cours d’élaboration. Il va sans dire que la gestion du risque devra faire face à la question cruciale de la mobilisation des ressources en eau et la maîtrise de leur utilisation, que ce soit par les pratiques ancestrales (saguia, kettaras) ou par les aménagements hydro-agricoles. Un plus large recours à l’irrigation de complément s’imposera pour sécuriser la production céréalière et stabiliser ses rendements par des apports en eau dans les stades critiques de développement. Les acquis récents de la recherche agricole et vétérinaire pourront être activés pour améliorer l’efficience de l’usage des inputs (eau, variétés, engrais..) et des techniques de reproduction et d’amélioration de la productivité du cheptel.

La sécheresse pose le sempiternel problème de l’endettement des petits agriculteurs, des mesures d’annulation et de rééchelonnement des dettes, des conventions entre l’Etat et les organismes de crédit, du soutien de l’Etat aux systèmes d’assurance agricole. Là aussi l’enjeu pour le gouvernement sera de soutenir l’indemnisation des sinistres et garantir un système de financement agricole et rural qui sécurise l’investissement. L’assurance agricole mise en place pour réduire le risque climatique en agriculture fera face à un nouvel examen de ses outils de sécurisation du revenu des agriculteurs. Il est attendu de l’assurance «Multirisque Climatique» mise en place en 2011 dans le cadre d’un Partenariat public-privé qu’elle permette de fiabiliser les expertises, d’améliorer la couverture, de réduire les charges de gestion et d’accélérer le règlement des indemnisations.

La sécheresse n’affecte pas de la même façon les diverses régions du pays. Aussi, les programmes d’adaptation à la sécheresse devraient-ils intégrer une spatialisation des problèmes par des approches territorialisées prenant en compte ses effets spécifiques sur les éco-systèmes. Les programmes ne peuvent pas non plus être les mêmes selon les tailles et la nature des exploitations agricoles. L’intensité du choc de la sécheresse est diversement vécue dans une petite exploitation familiale fonctionnant dans un système de pluriactivité ou dans une grande exploitation monoculturale. Par ailleurs, la stratégie de lutte contre les effets de la sécheresse est indissociable d’une stratégie globale de développement rural compte tenu de la perte d’emploi saisonnier agricole et des risques d’émigration rurale. Enfin, à cause de sa multidimensionalité, l’efficacité d’un programme de lutte contre le risque sécheresse réside dans la souplesse de sa gestion financière et sa capacité à mobiliser tous les acteurs de proximité, les élus locaux, les organisations professionnelles, les agriculteurs… C’est le plus grand défi à relever dans cette mise à l’épreuve de la durabilité des systèmes de gestion du territoire, de son agriculture, de son économie.